10/03/2013

To The Wonder (A la Merveille - 2013) ★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

Neil est certain d’avoir trouvé la femme de sa vie. Belle, pleine d’humour, originaire d’Ukraine, Marina est divorcée et mère d’une fillette de 10 ans, Tatiana. Après avoir connu la passion à la Merveille - le Mont-Saint-Michel - le couple a décidé de s'installer dans le pays de Neil, l'Amérique, dans les vastes espaces de l’Oklahoma. Leur relation s’est fragilisée : Marina se sent piégée dans cette petite communauté américaine ennuyante où elle cherche conseil auprès d’un autre expatrié, un prêtre catholique nommé Quintana. L’homme a ses propres problèmes : il doute de sa vocation… Marina décide de retourner en France avec sa fille. Neil se console avec Jane mais Marina revient finalement et les deux amants tentent de préserver leur couple abimé par leurs personnalités contrastées.



A la Merveille semble parfois n’être que les scènes coupées de The Tree of Life, laissant un arrière-goût de déjà-vu, ne fonctionnant pas à elles seules car au final ce film ne dit rien de vraiment nouveau.

Critiquer un film de Terrence Malick, surtout quand celui-ci se situe dans l’ère post Nouveau Monde, c’est reconnaitre les limites de son propre langage, c’est se confronter à la peur de la page blanche dûe à l’impossibilité d’exprimer ce que l’on a ressenti à la vision des images du réalisateur de La Ligne Rouge. Car même les détracteurs du cinéaste ne peuvent nier que regarder un film de Terrence Malick s’apparente à l’expérience cinématographique par excellence dans la mesure où ses histoires, en particulier depuis The Tree of Life, ne peuvent être racontées autrement qu’au cinéma. Ce n’est pas seulement parce que le cinéma de Malick utilise avec brio les procédés propres au septième art (cadrage, photographie, montage) mais c’est que son cinéma lorgne du côté de l’éthéré, de l’abstrait, et que les mots (les miens en tous cas) ne peuvent traduire.

Parce qu’aller voir un film du réalisateur de La Ballade Sauvage révèle de l’ « expérience » il apparait alors difficile d’en parler de la même façon que les autres films. Pour autant, je ne me déroberai pas à fournir un avis clair sous prétexte qu’il s’agit ici de parler d’un ovni dans le paysage cinématographique d’aujourd’hui que l’on ne sait pas sous quel angle envisager.

Je parlais plus haut de « ressenti », terme que je préfère à « compris » car Malick, bien qu’étant un cinéaste de la réflexion, m’apparait comme un réalisateur plus émotionnel qu’intellectuel. Ce n’est pas une nouvelle parade pour éviter de mettre à plat le propos du film car je trouve véritablement qu’il s’agit plus de savoir sur quoi on a réfléchi plutôt que ce que l’on a compris. Il interroge plus qu’il ne donne de réponses. Il ne verse cependant pas dans un discours vain, sans prise de position car il nous dit tout de même des choses – il évoquait par exemple dans The Tree of Life deux voies pour aborder la vie : celle de la nature et celle de la grâce dont Olga Kurylenko dans A la merveille apparait d’ailleurs comme la parfaite ambassadrice tissant un des nombreux liens entre la Palme d’Or 2011 et ce nouveau film.



Si ses prochains films continuent sur la voie ouverte par The Tree of life, ils devront cependant s’en affranchir et s’affirmer comme uniques et autonomes dans la filmographie du réalisateur texan, sous peine de devenir insignifiants

Visuellement, on reste bouche bée. Le réalisateur des Moissons du Ciel confirme une nouvelle fois son statut de poète visuel. Ses images (et celles du directeur de la photographie Emmanuel Lubezki) transcendent le discours des personnages, créant des métaphores visuels aussi belles que simples à saisir (pour la plupart). A la Merveille reste ainsi aussi hypnotisant de beauté que son prédécesseur.

Mais le principal problème de A la merveille est d’arriver si peu de temps après The Tree Of Life. Cinéaste qui se laissait jusqu’à présent désirer (6 films en quarante ans), Malick met désormais les bouchées doubles : A la merveille a été monté pendant qu’il tournait Knight of Cups (avec Christian Bale et Nathalie Portman) et Lawless (avec Ryan Gosling et Rooney Mara). Si on peut être ravi de cette nouvelle énergie qu’a le cinéaste, on espère qu’elle ne va pas tourner à une vaine course contre la montre pour rattraper « le temps perdu » de son début de carrière l’empêchant de renouveler son propos car A la merveille semble parfois n’être que les scènes coupées de The Tree of Life, laissant un arrière-goût de déjà-vu, ne fonctionnant pas à elles seules parce qu'au final ce film ne dit rien de vraiment nouveau.

Pourtant, le début du film laissait présager une possibilité pour ce cinéaste profondément américain de se renouveler. En effet, c’est d’abord une voix française que l’on entend (et que l’on entendra le plus dans le film), c’est à Paris puis au Mont Saint Michel que nous entamons notre voyage. L’espace géographique est différent que dans les autres films de Malick mais le réalisateur revient rapidement sur le sol étatsuniens, peut-être aussi mal à l’aise que Ben Affleck dans cette vieille France. De plus, le thème en lui-même pouvait suggérer un film pleinement nouveau. A la Merveille parle d’amour. Si cette thématique est récurrente au cinéaste (« Sans amour la vie passe en un éclair » prévenait déjà Jessica Chastain dans The Tree of Life), il était question avec ce film de mener une réflexion profonde et complète mais celle-ci ne nous convainc pas, pire elle ne nous transporte pas.

A la Merveille reste cependant aussi hypnotisant de beauté que son prédécesseur

Ce thème est pourtant aussi universel que le complexe œdipien présent dans The Tree of life mais ici la sauce ne prend pas. C’est peut-être dû à des personnages figés sur la pellicule. La virtuosité de la mise en scène ne permet de masquer qu’en partie des personnages sans réelle épaisseur. Javier Bardem semble un peu perdu dans son rôle de prêtre, sûrement passé à la trappe dans la salle de montage. Son personnage a néanmoins le mérite d’évoquer le questionnement de la foi ainsi que les conséquences d’un tel dévouement pour quelque chose qui restera à jamais incertain. Mais le véritable fantôme du film est le personnage de Rachel MacAdams, son aventure avec Ben Affleck aurait pu venir complexifier ses sentiments envers celui d’Olga Kurylenko mais il n’en est rien et la jolie blonde reste aussi insignifiante qu’une aventure d’un soir.

Après avoir atteint le sommet de l’Everest cinématographique avec The Tree of Life, Malick tourne un film pendant son voyage de retour, encore hanté par les magnifiques images qui lui avaient value les honneurs cannois en 2011. Le spectre de son dernier film plane donc sur ce nouveau long-métrage ce qui est assez pour nous intéresser l’espace d’une heure quarante car Terrence Malick reste le seul cinéaste à l’heure actuelle à jouer dans cette catégorie de cinéma pure, cherchant une nouvelle façon de dire et de raconter, autre que celle des sacro-saints 3 actes (exposition, nœud, dénouements). Si ses prochains films continuent sur la voie ouverte par The Tree of life (narration, images), ils devront cependant s’en affranchir et s’affirmer comme uniques et autonomes dans la filmographie du réalisateur texan, sous peine de devenir insignifiants, ce que l’on peut parfois reprocher à A la Merveille.

Voir la bande annonce de "A la Merveille"

To The Wonder (A La Merveille)

Ecrit et réalise par : Terrence Malick
Avec : Ben Affleck, Olga Kurylenko, Rachel McAdams
Directeur de la Photographie : Emmanuel Lubezki

23/02/2013

Die Hard : Belle Journée Pour Mourir (2013) ★★★★☆☆☆☆☆☆ 4.5/10

« Les papis de l’action », voilà comment certains les ont baptisés à la sortie de The Expendables dont le troisième volet est désormais sur les rails. Ce début d’année 2013 a pour caractéristique de nous offrir le retour des plus grandes figures du cinéma américain des années 80 dans leur genre de prédilection : le film d’action. En janvier, Arnold Schwarzenegger a repris du service après plusieurs années à gérer la paperasse derrière son large bureau de Californie. Bientôt Sylvester Stalone reviendra avec du plomb dans la cervelle mais depuis mercredi, c’est à Bruce Willis de dynamiter encore plus les vestiges du cinéma couillu des années Reagan.


Les anciens volets de la franchise se caractérisaient par leur capacité à jouer et à tirer profit de leur environnement (l’immeuble dans le premier, l’aéroport dans le second, et tout New York dans le troisième) ; ici, l’intrigue nous mène à une pauvre usine de Tchernobyl désaffectée, toute en numérique !

John MacClane en a vu de belles ! Des terroristes à la petite semaine à ceux organisés de l’Europe de l’Est en passant par ceux de l’ère numérique, MacClane les a tous renvoyés chez eux, les pieds devant. Avec ce nouveau volet, l’inspecteur MacClane s’offre un ticket pour la Russie afin de retrouver son fils auquel il n’a pas parlé depuis un bon nombre d’années. Il apprend que ce dernier est un agent de la CIA hautement qualifié qui doit empêcher un vol d'armes nucléaires. Ils doivent affronter la mafia russe ensemble et faire face à un ennemi sur le point de déclencher une guerre. Une Belle Journée Pour Mourir en perspective donc.

Envoyer MacClane à l’étranger, voilà une bonne idée pour redynamiser une franchise vieille de près de 30 ans. Un père et son fils en mal de communication, un héritier aussi couillu que son paternel mais aux méthodes encore trop by the book et de grands méchants russes, autant de composants d’une vodka potentiellement explosive (ça plaira à Willis l’actionnaire). Mais si MacClane a de la bouteille, peut-être trop finalement, c’est presque avec la même gueule de bois que le Bruce d'Une Journée en Enfer que le spectateur pourrait sortir de la salle. Si le scénariste nous envoie à Moscou, c’est avec toute l’imagerie « nanarde » des séries B période guerre froide dans nos bagages. Uranium, armes de destruction massive : Mother Russia dans toute la splendeur que lui confère le cinéma d’action américain. Bienvenue à la fête camarade ! A croire que le scénariste à l’instar de son héros lors de sa visite de la capitale Russe, a utilisé le guide du scénario pour idiot. Dans leur nouvelle aventure, MacClane père et fils se rendront jusqu’à Tchernobyl sans soucier de se parer de la tenue, pas très badass il est vrai, qui leur permettrait d’envisager sereinement et en pleine forme leurs prochaines aventures.


 Les effets numériques sont ultra-présents dans ce nouveau film et on regrette (et on fait bien) les effets spéciaux d’antan, le sang qui tache et le verre qui coupe !
Les grossièretés sont légions dans ce nouvel épisode qui pâtit, comme le précédent, d’un méchant pas très méchant finalement, contrairement à ceux que les anciens épisodes avaient su offrir. Désormais la mode chez les bad guys est à l’excentricité (Le Joker de The Dark Knight ou plus récemment le némesis de 007 dans Skyfall). Pour le coup, le méchant, qui n’est en fait qu’un simple homme de main d’un autre grand méchant russe, confie ses anciennes aspirations de danseur face à deux MacClane un moment sous son joug, le tout en croquant dans une carotte ! Mais il y a un (piètre) double jeu d’un autre personnage qui se révèle ensuite être le véritable homme à abattre (n’oubliez surtout pas sa fille !)
Les anciens volets de la franchise se caractérisaient par leur capacité à jouer et à tirer profit de leur environnement (l’immeuble dans le premier, l’aéroport dans le second, et tout New York dans le troisième) ; ici, après une poursuite explosive dans Moscou, l’intrigue nous mène à une pauvre usine de Tchernobyl désaffectée, toute en numérique !

Ce cinquième volet démontre une nouvelle fois que la technologie n’est vraiment pas le truc de MacClane. Après s’être échiné à resister aux avancées technologiques dans les deux premiers épisodes (son aversion et sa méconnaissance des nouvelles techniques de communication en général), le quatrième volet plaçait ce joueur analogique dans un monde tout numérique et le film adoptait au passage les (mauvaises) manies de la réalisation contemporaine des films d’actions et c’est toujours le cas dans ce Die Hard : A Good Day To Die Hard. La caméra tremble sans arrêt et ce le plus près possible des personnages, le montage est épileptique, à croire que désormais la tension ne peut passer que par un camera-man atteint de Parkinson ! Les effets numériques sont ultra-présents dans ce nouveau film et on regrette (et on fait bien) les effets spéciaux d’antan, le sang qui tache et le verre qui coupe !
Les grossièretés sont légions dans ce nouvel épisode qui pâtit, comme le précédent, d’un méchant pas très méchant finalement, contrairement à ceux que les anciens épisodes avaient su offrir

Abordons les points positifs tout de même ! Le duo Bruce Willis – Jai Courtney fonctionne plutôt bien quand papa prend les devants. Le rôle de J’en-ai-vu-d’autres-mon-petit va à ravir à un Bruce quelque peu vieillissant. Quelques punchlines font mouche, d’autres tombent à l’eau (« Putain, je suis en vacances ! » ). La scène finale sous un soleil couchant au ralenti, bien trop emphatique pour fonctionner, achève le film sur une énième note négative. Pour autant, si le prochain volet se fait, j’irai le voir, toujours amateur de cette figure sympatoche et cool qu’est John MacClane.

Bruce Willis n’était pas opposé à un 6ème opus. Sa qualité scellera la saga Die Hard (3 bons / 3 très moyens ?) et des conditions seront à respecter : utiliser un pied pour la caméra et rappeler McTiernan (et les anciens scénaristes.


22/02/2013

Gangster Squad (2013) ★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

À Los Angeles, en 1949, le parrain Mickey Cohen règne en maitre sur toute la ville et la mafia. Alors qu’il contrôle déjà le trafic de drogue, des armes et des prostituées, il tente de diriger tous les paris de Los Angeles jusqu’à l’ouest de Chicago. Pour cela, il peut compter sur l’aide de ses nombreux hommes de main, mais également sur celle de la police et des hommes politiques corrompus. Seule une brigade officieuse du LAPD, dirigée par John O’Mara et Jerry Wooters, va tenter de détruire l’empire de Cohen…
 

Le film nous donne l’impression qu’Hollywood ne sait plus faire ce type de films, les années Truman lui semblant désormais trop lointaines pour livrer un film d’époque convaincant

Dans l’imaginaire hollywoodien certains mots vont par paire. Ainsi, au cinéma il est impossible de prononcer le mot gangster sans qu’il ne soit suivi de Warner. Le studio reste un des seuls, avec peut-être la MGM et ses musicals, à avoir dans les mémoires des spectateurs le monopole sur un genre précis. Si d’autres majors ont apporté leurs contributions au film de gangster qui est avec le western le genre le plus hollywoodien (Universal avec ces deux Scarface et Casino, Paramount avec ses Parrains et ses Incorruptibles), la Warner fût la première à lui donner ses lettres de noblesses avec des films comme L’Ennemi Public Numéro 1, Le Petit César ou encore les Fantastiques années 20. Par la suite, le studio restera cohérent avec son image de fabrique de films de gangsters héritée de l’âge d’or hollywoodien en ajoutant à son mythique catalogue des titres comme Bonny and Clyde, Mean Streets, Once Upon A Time In America, Les Affranchis, Heat ou encore les Infiltrés.

Apprendre la mise en chantier d’un film comme Gangster Squad par la Warner avait de quoi nous enthousiasmer, d’autant plus qu’une pléiade d’acteurs cinq étoiles était de l’aventure avec l’ambition de venir ajouter Gangster Squad au Panthéon des films de gangsters. Le Los Angeles des années 40 et ses trench coats, voilà un décor parfait pour renouer avec les classiques d’antan et c’est bien ce que la magnifique affiche du film semblait nous promettre.

Mais une fois la première bobine (!) amorcée le film nous donne l’impression qu’Hollywood ne sait plus faire ce type de films, les années Truman lui semblant désormais trop lointaines et incompréhensibles pour livrer un film d’époque convaincant. Les costumes, les décors et les sulfateuses sont bien là mais l’esthétique « glam » et ses couleurs chaudes ainsi que les ralentis extravagants du réalisateur Ruben Fleischer confinent le film au simple rang d’objet stylisé. Ces choix tape-à-l’œil, s’ils amusent pendant une partie du film, empêchent l’émergence d’un véritable intérêt du spectateur pour les personnages. On ne se fait pas tant de soucis que ça pour eux et on sait parfois à l’avance, par le recours à des ficelles scénaristiques éculées, que certains ne finiront pas l’aventure.



Les costumes, les décors et les sulfateuses sont bien là mais l’esthétique « glam » et les ralentis extravagants du réalisateur confinent le film au simple rang d’objet stylisé

A l’instar de la figure du cowboy ou du boxeur, jouer un gangster est souvent l’occasion pour un acteur de se mesurer aux géants qui l’ont précédé. A l’origine, il y avait James Cagney. Son sourire carnassier et son regard diabolique l’ont sacré comme la figure phare du genre. Joe Pesci (Les Affranchis, Casino) et Al Pacino (Scarface) se sont imposés comme dignes héritiers de l’acteur c’est face à eux que Sean Penn a dû se mesurer pour composer son personnage. Mais sa prestation pâtit d’un maquillage outrancier qui renvoie plus au Pacino de Dick Tracy qu’à celui de Scarface. Son look de personnage de comic book accentue davantage la sensation de cabotinage auquel se prête l’acteur, pourtant inhérente à ce type de prestation, ce qui pourra rebuter certains.
Sinon, l’intègre Josh Brolin parvient plutôt bien à emmener sa brigade comptant dans ses rangs un Ryan Gosling qui ne manquera pas de faire chavirer une nouvelle fois le cœur des dames.
Du côté de la gente féminine justement, Emma Stone prête ses traits à une femme fatale rousse qui n’a pas la saveur d’une Rita Hayworth, critique à imputer plus à un personnage sans trop d’épaisseur qu’à sa prestation en elle-même.

En réponse aux bandes annonces postées sur le web on pouvait lire des commentaires qui pointaient une nouvelle fois du doigt « le manque d’inspiration d’Hollywood » en dénonçant le film comme une version 2013 des Incorruptibles qui à défaut de nous surprendre aurait été synonyme d’un excellent film de genre mais ce n’est malheureusement même pas le cas. Malgré les effets de manches du réalisateur qui nous tire dessus à grands coups de ralentis, on peine à garder tête une image marquante de ce film qu’on voulait pourtant aimer.

25/12/2012

End of Watch - ★★★★★★★★☆☆ 7.5/10

End of Watch est la claque du mois, celle qui marque et remet les idées en place ; d’autant plus violente qu’inattendue.

Brian Taylor et Mike Zavala, jeunes officiers de police, patrouillent dans les rues les plus dangereuses de Los Angeles, risquant leur vie chaque jour dans leur lutte contre les cartels de drogue et leurs milices surarmées. Ils embarquent dans un périple sanglant où chaque erreur est marquée d’un coup de feu. « Protéger et Servir »




Malgré son joli succès aux Etats-Unis, en France le film est expédié dans les petites salles dès sa première semaine d’exploitation et il serait  facile de manquer ce rendez-vous coup de poing, pris en tenaille par le rouleau compresseur James Bondien et les succès d’Argo et Looper, plus populaires. Pourtant  End of Watch est un film explosif, d’une violence dérangeante car on sait qu’elle n’est que la reconstitution  fidèle de celle qu’éprouvent quotidiennement les forces de l’ordre dans les quartiers chauds de Los Angeles.

Loin de signer un film de propagande pour l’ordre et la morale, comme le fait parfois Hollywood en répondant aux commandes du Pentagone (Act of Valor), le réalisateur filme les bas-fonds de Los Angeles avec une nervosité comme on n’en avait pas vu depuis un moment. Il les avait déjà dépeint dans Training Day dont il avait signé le scénario mais il abandonne ici toute stylisation pour livrer un long métrage brut, taillé dans la roche. Filmé à la volée, parfois par les personnages eux-mêmes, le long métrage flirte avec un Cinéma Vérité brutal et sans concession. Cette authenticité, nous la devons aux personnages, qui permettent à End of Watch de prendre une dimension quasi documentaire.



Malgré toutes les tragédies, déjà bien grandes pour la vie d’un homme, que connaissent chaque jour nos deux coéquipiers, ces derniers conservent l’énergie pour rire et continuer à vivre. Ils nous livrent ainsi de véritables moments de complicité, gorgés d’humour, qui illuminent le visage du spectateur entre deux opérations sanglantes. Car c’est avant tout un drame humain que nous livre le scénariste-réalisateur David Ayer. Les amitiés sont scellées dans l’ombre du danger et la famille ainsi que le courage servent de repères dans un mode de vie instable où chaque moment peut être le dernier.

On sort de la salle en chancelant, cherchant à retrouver nos marques  dans un monde qui, s’il est plus paisible le doit à ces héros de l’ombre sans masque ni cape, identifiable seulement à leur insigne sur la poitrine.

Looper - ★★★★★★☆☆☆☆ 5/10

En 2044, le voyage dans le temps n'a pas encore été inventé, mais dans 30 ans, ce sera le cas. La mafia a mis la main sur le procédé et l'utilise pour renvoyer dans le passé les individus qu'elle souhaite faire disparaître. Joe est un looper, un tueur du futur qui exécute plus qu'il n'assassine, chargé de récupérer le « colis » du futur qu'il ne peut sous aucun prétexte laisser s'échapper. Mais un jour, tandis que Joe se tient prêt pour sa prochaine exécution, il se retrouve nez-à-nez avec son lui futur...

Le film commence de la meilleure des façons, prenant tout de suite le spectateur à la gorge.

La réputation de Looper le précédait depuis bon nombre de semaines maintenant. Il a été célébré unanimement par la presse américaine lors de la dernière édition du festival de Toronto : « Le Inception du cinéma de Science-Fiction indépendant », « Le Matrix de cette génération » s’enflammaient les critiques américains. Mais comment un film qu’on disait flirter aussi bien du côté de Terminator que de l’œuvre de Philip K. Dick arriverait-il à faire honneur à ses références tout en réussissant à exister par lui-même ?  Malheureusement Looper ne nous donne pas la réponse.

Pourtant, le film commence de la meilleure des façons, prenant tout de suite le spectateur à la gorge. Narrées par un protagoniste plutôt antipathique, les premières séquences dépeignent une vision d’un futur pessimiste, dans un état comparable à notre époque actuelle. Blasé, notre narrateur nous expose son train de vie avec autant de froideur que l’environnement dans lequel il évolue. Exécutions sommaires, cachets exorbitants, consommation de drogues et de sexe, voilà la vie de Joe ; jusqu’au jour où son « colis » se révèle être son lui futur.

Le face-à-face tant attendu a alors lieu ; celui entre Joseph Gordon Levitt, qui réussit à rappeler avec brio le jeune Bruce Willis dans ses années Die Hard, et son lui futur : un Bruce Willis parfait qui ne semble plus vieillir. Après un jeu rapide du chat et de la souris, les deux hommes se rencontrent dans une cafétéria perdue dans la campagne, nous offrant ainsi une des meilleures scènes du film. Une des qualités de Looper est son ambition à raconter une histoire divertissante tout en véhiculant des thèmes intéressants. Le spectateur se délecte ainsi d’une rencontre aussi frustrante qu’improbable entre deux mêmes personnes à un stade différent de leur vie. Le réalisateur décide de laisser de côtés les explications (qui restent au final mal définies) de ce voyage dans le tempspréférant sonder l’âme de ses personnages, opposant un homme égoïste et perdu à sa version habitée par une volonté de continuer à savourer les plaisirs de la vie qu’il a trop tardivement découvert.

Pour notre plus grand regret, Looper, s’il reste divertissant et, par bien des moments, haletant, échoue dans sa tentative de création d’un univers futuriste qui fonctionne.

Si l’humanité de ses personnages lui est chère, Rian Johnson nous offre également de merveilleuses séquences à la technique irréprochable. Dans une nouvelle boucle narrative, le réalisateur nous présente l’évolution du personnage de Joe, passant progressivement de Levitt à Willis, le tout sur des compositions musicales de circonstance, signées par l’un de ses frères.

Malheureusement, Looper échoue sur le terrain où on l’attendait irréprochable : la perfection de son scénario. En effet, Rian Johnson se perd dans les multiples espaces temporels qu’il a ouverts rendant son film au final incohérent après réflexion. Mais le long métrage souffre surtout de sa dualité. Il y a en réalité deux histoires dans Looper. Et c'est justement en hésitant entre deux genres, thriller temporel et film surnaturel, que le film déçoit. Bien qu’offrant des scènes visuelles particulièrement fortes et un thème intéressant (l’influence primordiale des parents sur le devenir de l’enfant), on aurait préféré que Rian Johnson s’attarde plus sur le duo Levitt-Willis qui passe rapidement à la trappe au profit d’un autre couple : Emily Blunt et son enfant, qui malgré leur prestations parfaites, restent moins palpitants que les deux hommes.

Parfois grossier (l’invincibilité de Bruce Willis), parfois parfaitement maitrisé (l’évolution du personnage dans le temps, boucle narrative), le film ne résiste pas là où Inception laissait la possibilité au spectateur d’interpréter de multiples façons les ressorts de l’histoire. Pour notre plus grand regret, Looper, s’il reste divertissant et, par bien des moments, haletant, échoue dans sa tentative de création d’un univers futuriste qui fonctionne.

Note : ★★★★★★☆☆☆☆ 5/10