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25/12/2012

End of Watch - ★★★★★★★★☆☆ 7.5/10

End of Watch est la claque du mois, celle qui marque et remet les idées en place ; d’autant plus violente qu’inattendue.

Brian Taylor et Mike Zavala, jeunes officiers de police, patrouillent dans les rues les plus dangereuses de Los Angeles, risquant leur vie chaque jour dans leur lutte contre les cartels de drogue et leurs milices surarmées. Ils embarquent dans un périple sanglant où chaque erreur est marquée d’un coup de feu. « Protéger et Servir »




Malgré son joli succès aux Etats-Unis, en France le film est expédié dans les petites salles dès sa première semaine d’exploitation et il serait  facile de manquer ce rendez-vous coup de poing, pris en tenaille par le rouleau compresseur James Bondien et les succès d’Argo et Looper, plus populaires. Pourtant  End of Watch est un film explosif, d’une violence dérangeante car on sait qu’elle n’est que la reconstitution  fidèle de celle qu’éprouvent quotidiennement les forces de l’ordre dans les quartiers chauds de Los Angeles.

Loin de signer un film de propagande pour l’ordre et la morale, comme le fait parfois Hollywood en répondant aux commandes du Pentagone (Act of Valor), le réalisateur filme les bas-fonds de Los Angeles avec une nervosité comme on n’en avait pas vu depuis un moment. Il les avait déjà dépeint dans Training Day dont il avait signé le scénario mais il abandonne ici toute stylisation pour livrer un long métrage brut, taillé dans la roche. Filmé à la volée, parfois par les personnages eux-mêmes, le long métrage flirte avec un Cinéma Vérité brutal et sans concession. Cette authenticité, nous la devons aux personnages, qui permettent à End of Watch de prendre une dimension quasi documentaire.



Malgré toutes les tragédies, déjà bien grandes pour la vie d’un homme, que connaissent chaque jour nos deux coéquipiers, ces derniers conservent l’énergie pour rire et continuer à vivre. Ils nous livrent ainsi de véritables moments de complicité, gorgés d’humour, qui illuminent le visage du spectateur entre deux opérations sanglantes. Car c’est avant tout un drame humain que nous livre le scénariste-réalisateur David Ayer. Les amitiés sont scellées dans l’ombre du danger et la famille ainsi que le courage servent de repères dans un mode de vie instable où chaque moment peut être le dernier.

On sort de la salle en chancelant, cherchant à retrouver nos marques  dans un monde qui, s’il est plus paisible le doit à ces héros de l’ombre sans masque ni cape, identifiable seulement à leur insigne sur la poitrine.

Looper - ★★★★★★☆☆☆☆ 5/10

En 2044, le voyage dans le temps n'a pas encore été inventé, mais dans 30 ans, ce sera le cas. La mafia a mis la main sur le procédé et l'utilise pour renvoyer dans le passé les individus qu'elle souhaite faire disparaître. Joe est un looper, un tueur du futur qui exécute plus qu'il n'assassine, chargé de récupérer le « colis » du futur qu'il ne peut sous aucun prétexte laisser s'échapper. Mais un jour, tandis que Joe se tient prêt pour sa prochaine exécution, il se retrouve nez-à-nez avec son lui futur...

Le film commence de la meilleure des façons, prenant tout de suite le spectateur à la gorge.

La réputation de Looper le précédait depuis bon nombre de semaines maintenant. Il a été célébré unanimement par la presse américaine lors de la dernière édition du festival de Toronto : « Le Inception du cinéma de Science-Fiction indépendant », « Le Matrix de cette génération » s’enflammaient les critiques américains. Mais comment un film qu’on disait flirter aussi bien du côté de Terminator que de l’œuvre de Philip K. Dick arriverait-il à faire honneur à ses références tout en réussissant à exister par lui-même ?  Malheureusement Looper ne nous donne pas la réponse.

Pourtant, le film commence de la meilleure des façons, prenant tout de suite le spectateur à la gorge. Narrées par un protagoniste plutôt antipathique, les premières séquences dépeignent une vision d’un futur pessimiste, dans un état comparable à notre époque actuelle. Blasé, notre narrateur nous expose son train de vie avec autant de froideur que l’environnement dans lequel il évolue. Exécutions sommaires, cachets exorbitants, consommation de drogues et de sexe, voilà la vie de Joe ; jusqu’au jour où son « colis » se révèle être son lui futur.

Le face-à-face tant attendu a alors lieu ; celui entre Joseph Gordon Levitt, qui réussit à rappeler avec brio le jeune Bruce Willis dans ses années Die Hard, et son lui futur : un Bruce Willis parfait qui ne semble plus vieillir. Après un jeu rapide du chat et de la souris, les deux hommes se rencontrent dans une cafétéria perdue dans la campagne, nous offrant ainsi une des meilleures scènes du film. Une des qualités de Looper est son ambition à raconter une histoire divertissante tout en véhiculant des thèmes intéressants. Le spectateur se délecte ainsi d’une rencontre aussi frustrante qu’improbable entre deux mêmes personnes à un stade différent de leur vie. Le réalisateur décide de laisser de côtés les explications (qui restent au final mal définies) de ce voyage dans le tempspréférant sonder l’âme de ses personnages, opposant un homme égoïste et perdu à sa version habitée par une volonté de continuer à savourer les plaisirs de la vie qu’il a trop tardivement découvert.

Pour notre plus grand regret, Looper, s’il reste divertissant et, par bien des moments, haletant, échoue dans sa tentative de création d’un univers futuriste qui fonctionne.

Si l’humanité de ses personnages lui est chère, Rian Johnson nous offre également de merveilleuses séquences à la technique irréprochable. Dans une nouvelle boucle narrative, le réalisateur nous présente l’évolution du personnage de Joe, passant progressivement de Levitt à Willis, le tout sur des compositions musicales de circonstance, signées par l’un de ses frères.

Malheureusement, Looper échoue sur le terrain où on l’attendait irréprochable : la perfection de son scénario. En effet, Rian Johnson se perd dans les multiples espaces temporels qu’il a ouverts rendant son film au final incohérent après réflexion. Mais le long métrage souffre surtout de sa dualité. Il y a en réalité deux histoires dans Looper. Et c'est justement en hésitant entre deux genres, thriller temporel et film surnaturel, que le film déçoit. Bien qu’offrant des scènes visuelles particulièrement fortes et un thème intéressant (l’influence primordiale des parents sur le devenir de l’enfant), on aurait préféré que Rian Johnson s’attarde plus sur le duo Levitt-Willis qui passe rapidement à la trappe au profit d’un autre couple : Emily Blunt et son enfant, qui malgré leur prestations parfaites, restent moins palpitants que les deux hommes.

Parfois grossier (l’invincibilité de Bruce Willis), parfois parfaitement maitrisé (l’évolution du personnage dans le temps, boucle narrative), le film ne résiste pas là où Inception laissait la possibilité au spectateur d’interpréter de multiples façons les ressorts de l’histoire. Pour notre plus grand regret, Looper, s’il reste divertissant et, par bien des moments, haletant, échoue dans sa tentative de création d’un univers futuriste qui fonctionne.

Note : ★★★★★★☆☆☆☆ 5/10

08/10/2012

Savages (2012) - ★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

Après le décevant Wall Street : Money Never Sleeps, Oliver Stone revient avec Savages, un film divertissant mais inégal.

Laguna Beach, Californie : Ben, botaniste bohème, Chon, ancien Navy Seal, et O, amante des deux hommes, partagent tout. Ben et Chon sont à la tête d’un business florissant : les graines ramenées par Chon de ses missions et le génie de Ben ont donné naissance au meilleur cannabis qui soit. Leur affaire marche tellement bien qu’elle attire l’attention du cartel mexicain de Baja, dirigé d’une main de fer par la Reina : Elena. Face à leur proposition d’"association", Ben préfère tout abandonner. Pour les contraindre à coopérer, le cartel kidnappe O. C’est le début d’un affrontement sauvage entre l’organisation et Ben & Chon…






Oliver Stone revient avec un film déjanté avec lequel il prouve son éternelle jeunesse malgré ses soixante-six ans et montre qu’il a toujours envie de raconter des histoires. Espérons seulement que ses prochains films seront mieux maîtrisés.

Une affaire de points de vue que cette histoire de sauvages. Oliver Stone s’amuse à jouer avec le mot qu’il prendra soin de définir à la fin du film.
Du point de vue du trio principal et du spectateur, la sauvagerie est indiscutablement représentée par le cartel de la Reine Rouge, jouée par Salma Hayek, et ses hommes capables de réaliser les pires horreurs sans sourciller. Cependant, Oliver Stone est loin d’utiliser la violence comme argument commercial ; celle qu’il a connue durant la guerre du Vietnam a toujours fait office de vaccin contre toute tentative de stylisation. Ainsi, il dépeint la sauvagerie qui rythme la vie des cartels de drogues mexicains. Décapitation et immolation par le feu refroidiront les afficionados de Scarface, dont le scénario est d’ailleurs signé par Oliver Stone, et qui auraient mal interprété la violence du film de Brian de Palma, ayant toujours pour idole Tony Montana. Une fois dans le milieu, il n’y a aucune issue. Les hommes du cartel ne peuvent que s’exécuter aux pires horreurs, devenues désormais des tâches anodines, sous peine de finir dans un coffre de voiture. Ils sont menés par un Benicio Del Toro bluffant de monstruosité. Ajoutant un nouveau personnage de taré à sa filmographie, il est terrifiant et d’une sauvagerie incroyable dans chaque plan. Pour autant, ce dernier ne se gênera pas pour juger le libertinage du trio amoureux qui lui prendra la tête pendant quelques jours : « Savages ».

Si cette situation concubine peut paraître à première vue incompréhensible, une réplique de Salma Hayek viendra expliciter le caractère ambigüe de la relation qui lie ces trois personnages que tout semble séparer. Les spectateurs récalcitrants à accepter l’idée d’un triangle amoureux comprennent alors que ceci est possible grâce à l'amitié indestructible entre Ben & Chon, dont la complicité et la complémentarité sont unes des forces du film. Une question demeure pourtant : pourquoi avoir choisi une Blake Lively dont le personnage, après avoir exposé ses arguments plastiques à la caméra en début de film, finira par irriter le spectateur ne comprenant pas ce que ces deux hommes trouvent à cette californienne insipide.





















La camaraderie entre Ben & Chon mais surtout le charisme et l’humanité d’Aaron Johnson permettent au spectateur de se repérer dans un monde sans pitié où les sourires ultra bright californiens sont troqués contre les rictus menaçants d’un Benicio Del Toro effrayant.

Narratrice de l’histoire, O. viendra rompre la magie du cinéma en dévoilant le caractère artificiel du récit « Ce n’est pas parce que je vous raconte cette histoire que je suis en vie à la fin », amplifiée par certains choix de mise en scène comme le rembobinage du film. Mais c’est en particulier dans la dernière partie du film que ce choix de narration déconnecte le spectateur du film, qui se demande pourquoi Oliver Stone a hésité sur la fin à choisir. Le réalisateur déconcerte parfois par ses choix de mise en scène, abusant trop du plan débullé où la caméra est inclinée pour faire passer un sentiment d’instabilité, lui faisant ainsi perdre toute sa pertinence.

Le fond du récit n’est pas non plus exempt de défaut. Après avoir fomenté différents moyens de récupérer leur moitié des mains de ses kidnappeurs, offrant au passage une scène de braquage palpitante, Ben & Chon arrivent à se hisser au même niveau que la Reine Rouge révélant au passage une incohérence dans l’histoire. Malgré un jeu égal, la baronne de la drogue, Salma Hayek perd tous ses moyens et expose sa sensibilité dans une scène sans artifice qui déconcerte quelque peu, venant d’une femme aussi impitoyable que la Reine Rouge dont la sauvagerie au travers des mots et des analogies félines ont rythmé plus de la moitié du film.




Le réalisateur déconcerte parfois par ses choix de mise en scène et semble hésiter sur la fin à adopter.


Heureusement, les personnages masculins viennent atténuer les défauts de deux femmes du film. La camaraderie entre Ben & Chon mais surtout le charisme et l’humanité d’Aaron Johnson, qui a bien grandit depuis Kick-Ass, permettent au spectateur de se repérer dans un monde sans pitié où les sourires ultra bright californiens sont troqués pour les rictus menaçant d’un Benico Del Toro toujours au top. On s’amuse à retrouver un Travolta maltraité par Oliver Stone qui lance au travers de son personnage quelques piques contre le système, éléments essentiels de son cinéma. Il dénonce ainsi, et ce sans lourdeur, la corruption des forces de l’ordre dans la région et le manque de respect du gouvernement envers les indiens d’Amérique, n’hésitant pas à violer leur territoire : « Techniquement, on n’est pas chez nous… Mais comme vous le savez, on l’est quand même. ».

Oliver Stone revient avec une histoire déjantée avec laquelle il prouve son éternelle jeunesse malgré ses soixante-six ans et montre qu’il a toujours envie de raconter des histoires. Espérons seulement que ses prochains films seront mieux maîtrisés.

Note : ★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

Bande annonce de « Savages »

Savages (2012)
Réalisé par : Oliver Stone
Ecrit par : Oliver Stone, Don Winslow, Shane Salerno
D'après l'oeuvre de : Don Winslow
Produit par : Moritz Borman et Eric Kopeloff
Avec : Aaron Johnson, Taylor Kitsch, Blake Lively, Benicio del Toro, Salma Hayek, Emile Hirsch et John Travolta.
Directeur de la Photographie : Daniel Mindel
Montage : Joe Hutshing, Stuart Levy et Alex Marquez
Durée : 2h10
Budget : 45,000,000 $
Box Office : 63,223,100 $
USA : 47,323,100 $ (exploitation en cours)
France : 216 000 entrées (exploitation en cours)

18/09/2012

The Departed (Les Infiltrés - 2006) - ★★★★★★★★★☆ 8.5/10

Avec Les Infiltrés, regroupant un casting cinq étoiles, Martin Scorsese signe un polar intense et remporte enfin l'Oscar du meilleur réalisateur.

A Boston, une lutte sans merci oppose la police à la pègre irlandaise.
Pour mettre fin au règne du parrain Frank Costello, la police infiltre son gang avec "un bleu" issu des bas quartiers, Billy Costigan. Tandis que Billy s'efforce de gagner la confiance du malfrat vieillissant, Colin Sullivan entre dans la police au sein de l'Unité des Enquêtes Spéciales, chargée d'éliminer Costello. Mais Colin fonctionne en "sous-marin" et informe Costello des opérations qui se trament contre lui. Risquant à tout moment d'être démasqués, Billy et Colin sont contraints de mener une double vie qui leur fait perdre leurs repères et leur identité. Traquenards et contre-offensives s'enchaînent jusqu'au jour où chaque camp réalise qu'il héberge une taupe. Une course contre la montre s'engage entre les deux hommes avec un seul objectif : découvrir l'identité de l'autre sous peine d'y laisser sa peau...





Le titre original The Departed, littéralement « les Défunts », informe d’emblée le spectateur que les protagonistes sont tous d’ores et déjà condamnés.

Malgré les années et la renommée, Martin Scorsese enchaine les films avec autant de régularité que dans sa jeunesse et ce, pour notre plus grand plaisir. En 2006, le réalisateur des Affranchis revient avec un film policier, remake américain du film hongkongais Interfal Affairs. A nouveau, Scorsese distribue le premier rôle à son nouvel acteur fétiche, Leonardo DiCaprio, qui l’oppose à un monstre sacré : Jack Nicholson. Viennent s’ajouter Matt Damon, Mark Whalberg, Martin Sheen et Alec Baldwin, complétant un casting cinq étoiles pour donner vie à cette histoire de trahison et de double-jeu propre à la filmographie scorsesienne.
Le titre français Les Infiltrés, semblant vouloir nous remémorer Les Affranchis, affaiblit le titre original The Departed, littéralement « les Défunts », informant d’emblée le spectateur que les protagonistes sont tous d’ores et déjà condamnés.

Le film s’ouvre sur un monologue envoûtant de Jack Nicholson, alias Frank Costello, le chef de la pègre de Boston, dont nous retrouvons la folie effrayante, qui tord la morale à sa convenance devant un jeune influençable, Matt Damon, qui dans la scène suivante passe l’examen d’entrée dans la police de Boston pour lui. Au même moment, DiCaprio passe l’épreuve, mais des deux, il est le plus mal loti, comme le confirme la scène suivante où les deux hommes passent successivement une entrevue. La sienne, plus frontale, nous présente un homme abîmé, comme les aime Scorsese, destiné à en baver. Chargé d’intégrer la mafia irlandaise de la ville, sa mission viendra ajouter de nouvelles blessures à une existence déjà bien meurtrie.


Leonardo Dicaprio atteint un nouveau palier dans son travail d’acteur, proposant un jeu d'une intensité remarquable.

Les Infiltrés met en scène la montée parallèle de deux taupes atteignant le sommet dans leur monde respectif. Le spectateur ne pourra n’en suivre qu’un seul et son choix se portera naturellement sur un DiCaprio qui compose un nouveau portrait d’homme blessé. Depuis Gangs of New York, l’acteur est bel et bien devenu adulte et son jeu a gagné en maturité. Comme le confiera Scorsese, Leonardo Dicaprio atteint un nouveau palier dans son travail d’acteur. A ce jour, sa performance est pour moi la plus touchante. L’intensité de son jeu est remarquable. La mâchoire crispée, regardant toujours par-dessus son épaule, il évolue dans un univers effrayant. Son regard, tantôt terrifié, tantôt dans l’expectative, est toujours vif pour éviter une élimination sommaire dans un monde où la vie ne tient qu’à un coup de fil. Son périple dans les bas-fonds de Boston est d’autant plus douloureux qu’il tranche clairement avec la vie dorée du personnage de Matt Damon, rythmée par les promotions et les diners dans les restaurants gastronomiques. Ce dernier saura parfaitement retranscrire, par la sobriété de son jeu, la froideur manipulatrice de son personnage pendant une bonne partie de film avant de rejoindre, comme beaucoup d'autres, la liste des trahis.

Etonnement, DiCaprio ne recevra pas de double nomination à l'Oscar, l’Académie optant pour le nommer seulement sur Blood Diamond sans pour autant lui offrir la précieuse statuette.

L’autre performance magistrale du film est celle de Nicholson en parrain Irlandais, personnage auquel l’acteur ajoute sa touche de folie personnelle en évitant le cabotinage, composant une de ses meilleures prestations.



Les talents de conteur hors-pair de Scorsese font de lui un des seuls cinéastes américains à être constamment au sommet de son art.

Vingt-cinq ans après sa première nomination, Scorsese remporte enfin l'Academy Award du meilleur réalisateur aux allures cependant d'Oscar d'honneur. Après tant d’années, les fans du cinéaste mais aussi de cinéma sont aux anges, tout comme l’assistance qui lui offre une véritable ovation. Dans les applaudissements, l’homme est accueilli sur scène par ses amis réalisateurs : Steven Spielberg, Francis Coppola et Georges Lucas qui lui remettent la statuette dorée. La scène est inoubliable pour tout cinéphile, assistant ici à une réunion des derniers monstres sacrés d'Hollywood, ayant bouleversé à jamais le cinéma dès 1972. Le film remportera au final quatre Oscars dans une édition 2007 un peu faiblarde. Cette reconnaissance de l’Académie ne comblera cependant jamais l’amertume des fans qui l’aurait voulu voir récompenser son sombre Taxi Driver, son travail esthétique sur Raging Bull, l’authenticité de ses Affranchis ou la virtuosité de son Casino.

Ne ruminons pas nos regrets et célébrons la reconnaissance d’un nouveau travail de mise en scène excellent. Les Infiltrés est un film purement Scorsesien. Il l’est par son fond : les thèmes de prédilection du réalisateur sont présents  (trahison, quête de soi, personnages meurtris). Il l’est aussi par sa forme : la caméra virevolte avec élégance sur les chansons des Rolling Stones que Scorsese affectionne depuis plus de 30 ans. Le cinéphile en lui joue avec l’héritage des films de gangsters américains, parsemant dans l’ensemble du long métrage des croix dans le décor annonçant le destin funeste des personnages à la manière du Scarface de 1932.

La monteuse Thelma Schoonmaker, fidèle du réalisateur, est récompensée pour la troisième fois par un Oscar. Pendant deux heures, le récit de Scorsese est parfait par un montage maîtrisé à une époque où la mode est à l’épileptique. Mais le réalisateur décide d'allonger son film d'une demi-heure par rapport au film original. Malheureusement, cette dernière partie est le vrai défaut du film. En effet, le spectateur se perd dans des rembondissements vains dans lesquels les personnages agissent parfois contre toute logique.
 

Par sa direction d’acteurs, Scorsese les positionne à chaque fois en candidats sérieux aux récompenses. Avec les Infiltrés, il offre un Oscar de second rôle à Mark Walhberg qui suit ainsi les traces de Joe Pesci et De Niro quand il ne permet pas aux autres d’ajouter des Golden Globes sur leur cheminée.

En six ans, Martin Scorsese enchaîne trois films fleuves de plus de deux heures et demies sans jamais nous laisser sur le bord de la route. Ses talents de conteur hors-pair font de lui un des seuls cinéastes américains à être constamment au sommet de son art.

Note : ★★★★★★★★★☆ 8.5/10

Bande-annonce de "Les Infiltrés"


The Departed  (2006)

Réalisé par : Martin Scorsese
Ecrit par : William Monahan
Produit par : Graham King, Brad Pitt, Martin Scorsese
Avec : Leonardo DiCaprio, Matt Damon, Jack Nicholson et Mark Wahlberg
Directeur de la Photographie : Michael Ballhaus

Montage : Thelma Schoonmaker
Musique : Howard Shore
Durée : 2h30

Budget : 90,000,000 $
Box Office : 289,847,354
USA : 132,384,315 $
France : 1,888,737 entrées
 

16/09/2012

From Dusk Till Dawn (Une Nuit en Enfer - 1996) - Vision d’horreur du crépuscule jusqu’à l’aube ! - ★★★★★★★☆☆☆ 7.5

Quand Robert Rodriguez et Quentin Tarantino collaborent qu’obtient-on ? Un film d’exploitation complètement barré où gore et humour y sont parfaitement dosés.

Richard Gecko après avoir aidé son frère Seth à s'échapper de prison entame avec lui une cavale sanglante au cours de laquelle ils braquent une banque et tuent plusieurs personnes. Cherchant à gagner le Mexique, ils prennent une famille en otage. Cachés dans leur camping-car, ils parviennent à passer la frontière et attendent leur contact Carlos qui leur a fixé rendez-vous dans un bar de routiers, le Titty Twister. Mais ils ignorent qu'ils s'apprètent à vivre un enfer du crépuscule jusqu'à l'aube.


Cette histoire de vampire est à l’image de son auteur Tarantino : délirante.

Après Pulp Fiction et sa palme d’or, Quentin Tarantino s’autorise une pause pendant laquelle il peaufine le scénario d’Une Nuit en Enfer (From Dusk Till Dawn en version originale) qu’il avait écrit dans l’arrière-boutique du magasin de location vidéo californien Video Archives alors qu’il n’était qu’un simple employé. Il en profite également pour assouvir sa passion pour la comédie sous la direction de son ami Robert Rodriguez, ravie d’enchaîner Desperado avec cette histoire de vampire à l’image de son auteur : délirante.

L’identité du scénariste, avec son sens aigu des dialogues, se révèle dès les premières minutes du film. Pas de doute, Quentin Tarantino tient la plume. Les fans du réalisateur y trouvent leur compte : des répliques cultes qui sacrent George Clooney en nouveau héros badass après ses années Urgences ; les personnages fument les mêmes cigarettes que ceux de Pulp Fiction, les Red Apples inventée par Tarantino ; ils dévorent des hamburgers de la chaine imaginaire Big Kahuna. Le Texas Ranger Earl McGraw, figure récurrente de son cinéma est ici introduit pour la première fois et sera de retour dans Kill Bill. Malgré une première partie très tarantinesque, c’est bien le réalisateur de Sin City qui est aux commandes : l’image chaude de Desperado, Cheech Marin, Salma Hayek et Danny Trejo sont de retour.

Jouer dans Une Nuit en Enfer est l’occasion pour Quentin Tarantino de tenir le rôle le plus conséquent de sa carrière : celui de Richard Gecko. De nombreuses critiques lui seront adressées pourtant, sa performance en tant qu’obsédé sexuel et tireur à la gâchette facile, est plus que convaincante. Les échanges entre les deux frangins sont savoureux et confirment la cool attitude de Clooney, grand gagnant du film.

Le sens du montage de Rodriguez, les premières altercations savoureuses entre les clients et la danse hypnotisante de la bomba latina Salma Hayek nous donneraient presque envie de devenir des clients réguliers du bar.

L’arrivée dans le bar Titty Twister fait figure de séparation entre les deux grandes parties du film : c’est maintenant au tour de Rodriguez de s’amuser. Le plan séquence parfaitement  maitrisé du réalisateur nous présentant le bar sur les riffs de Tito et Tarantula, son sens du montage, les premières altercations savoureuses entre les clients et la danse hypnotisante de la bomba latina Salma Hayek nous donneraient presque envie de devenir des clients réguliers. C’était sans compter sur un staff un poil sur les dents. Après avoir séduit tout le bar, Salma Hayek se métamorphose en reine des buveurs de sang.

C’est parti, le carnage peut commencer. La quasi-totalité de la clientèle est exterminée en quelques minutes et se constitue alors un petit groupe de survivants dont nos héros font partie. Leur seul but : survivre pendant cette nuit d’enfer !

Rodriguez s’en donne à cœur joie et recourt aux effets spéciaux d’antan : ceux d’une époque où les monstres animatronics et les masques de silicone étaient rois et le morphing n’en était qu’à ses prémices. Comme le montre la scène de préparation avant l’assaut final, Rodriguez s’amuse, et nous avec ! On empale du vampire certes, mais tout ça avec style : les personnages balancent des punchlines et chaque meurtre relève d’inventivité pour notre plus grand plaisir.




On empale du vampire certes, mais tout ça avec style : les personnages balancent des punchlines et chaque meurtre relève d’inventivité pour notre plus grand plaisir.

Avec Une Nuit en Enfer, les deux tarés du cinéma américain rendent un premier hommage au cinéma d’exploitation qui les a bercé pendant leur enfance et offrent un film complètement barré annonçant le trip Grindhouse. Robert Rodriguez et Quentin Tarantino avouent eux-mêmes avoir cherché à nous faire rire, comme le souligne le dernier plan du film, plutôt qu’à nous effrayer et c’est réussi !

Note : ★★★★★★★☆☆☆ 7.5/10

Bande annonce de "Une Nuit en Enfer"

From Dusk Till Dawn (1996)
Titre Français : Une Nuit en Enfer
Réalisé par : Robert Rodriguez
Produit par : Robert Rodriguez, Lawrence Bender, Elizabeth Avellan                                                    
Ecrit par : Quentin Tarantino
Avec : Georges Clooney, Quentin Tarantino
Harvey Keitel, Juliett Lewis
Budget : 19 000 000 $

Box Office : 59 336 616 $
(USA) : 25 836 616 $
France : 677 411 entrées