01/01/2016

Star Wars - Episode VII - The Force Awakens ★☆☆☆☆☆☆☆☆☆ 1/10



N'ayons pas peur des mots, The Force Awakens est un mauvais remake du Star Wars original de 1977

« Reste calme, reste calme », comme Finn le dit à Poe dans le film, je me répète ces mots pour ne pas sombrer dans le côté obscur de la critique acerbe et rédigée à chaud. Je me félicite de ne pas avoir succombé à la Star Wars mania durant toute cette année 2015 car la déception aurait été d’autant plus grande. The Force Awakens est tout simplement le Jurassic World de la saga Star Wars, à une chose près : personne n’attendait Jurassic World qui de fait s’en sort mieux que ce nouvel opus de la franchise mythique.

Commençons par les points positifs. S’en est terminé. Pardonnez-moi cette rhétorique provocatrice mais il n’y a pas grand-chose à sauver de ce film à part la scène finale qui aurait gagné à être placée au début plutôt qu’à être utilisée comme un set-up pour un énième volet. N’ayons pas peur des mots, The Force Awakens est un mauvais remake du Star Wars original de 1977. La planète entière est donc entrain d’aller voir un film sorti il y a 38 ans et de le hisser à nouveau en tête du box-office mondial. A la sortie de la salle, le titre « The Force Awakens » apparait d’ailleurs comme n’étant rien d’autre qu’un synonyme de « A New Hope ». Je ne fais pas référence aux (trop) nombreux clins d’œil à la Saga originale (en cela le film donne raison aux critiques dénonçant un Hollywood servant des plats réchauffés, et au micro-onde en plus, incapable de ne créer autre chose que des copies pour perdurer) mais bien au film dans son ensemble.        

Rentrons dans le vif du sujet. Le film de J.J Abrams reprend, à s’y méprendre, l’intrigue du premier volet. Comme dans l’épisode 4 (enfin, le 1 car fait avant mais placé après dans la chronologie - on vous a déjà fait le coup de cette saga « à l’envers -), un droïde aussi innocent qu’attachant se voit remettre de précieuses données destinées à la Résistance. Comme dans l’épisode 4, il est question de retrouver un vieux sage Jedi qui permettra de dénouer la situation. Comme dans l’épisode 4, « l’élue » (bien que celui-ci prenne un « e » désormais, les temps changent et les strong female characters ont le vent en poupe), habite sur une planète désertique où la population lutte pour survivre. Comme dans l’épisode 4, il est question d’une arme de destruction massive capable d’anéantir des planètes entières. Cette Etoile noire XXL est une nouvelle métaphore d’un Hollywood qui joue la surenchère pour perdurer, comme Jurassic World l’avait fait cet été. Ce dernier l’avait fait d’ailleurs plus subtilement et on était même allé à se demander si le réalisateur n’avait pas glissé volontairement une critique du système actuelle des studios. Souvenez-vous de la scène dans laquelle un requin (Les Dents de la Mer de 1976, initiateur de l’ère des blockbusters modernes) était dévoré par un dinosaure aquatique gigantesque (le nouveau blockbuster contemporain, aussi gros que vide). Comme dans l’épisode 4, cette Etoile Noire XXL est détruite à cause d’un problème de canalisation (n’y a-t’il donc pas de plombiers compétents dans l’espace ?).                        
J’entends arriver les fans érudits qui me diront que leur chère saga est pétrie depuis son origine de références mythologiques et légendaires communes à toutes les cultures. Merci, je connais Joseph Campbell. Mais Lucas avait fait de Luke un héros différent du Roi Arthur. De même pour les personnages de la prélogie qui étaient différents de ceux de l’œuvre originale. Que ce nouvel opus reprenne le parti pris des mythes universels est acceptable. En revanche, qu’il ne cherche pas à les transcender comme l’avait fait Lucas (qui n’était pas qu’un simple DJ de la mythologie) est décevant voire condamnable pour un film qui avait l’arrogance d’être présenté par ses créateurs et les fans, déjà conquis avant même la sortie, comme un nouveau départ pour faire oublier « le fourvoiement » de la prélogie 1999-2005.

Seul un réalisateur visionnaire capable de s’émanciper de l’œuvre originale pouvait proposer quelque chose de nouveau alors que le fan ne pouvait que répéter le passé.  

On pourrait me dire que si c’est une copie du 4, cette version 2015 devrait être aussi savoureuse que ce dernier. Malheureusement J.J Abrams n’y parvient pas. Par soucis de fluidité (et de longueur), je n’évoquerai que la séquence dans laquelle les vaisseaux rebelles s’engouffrent dans une tranchée de l’Etoile de Noire XXL. Alors que le film de 1977 avait fait de cette séquence un passage iconique de la Saga, où la Force surpassait la technologie, où le bien affrontait frontalement le Mal, mais surtout en avait fait un enjeu dramatique incroyable (des tentatives échouées, des pilotes tués, des crescendos musicaux envoutants), la séquence est ici coupée avec une autre action ayant lieu au même moment (le combat au sabre laser dans la neige) ce qui en réduit de fait la portée. De plus, il est difficile pour le spectateur de suivre un personnage, le pilote Poe, avec lequel aucun véritable lien émotionnel n’a été créé durant le film. Finalement, le vaisseau explose dans l’indifférence, sans véritable célébration de l’exploit.

Cette séquence faite de deux scènes m’amène naturellement à parler du méchant du film, Kylo Ren. Si ses premières apparitions, évoquant agréablement Dark Vador, pouvaient convaincre, c’est ensuite que le bât blesse. Dès que ce dernier enlève son masque, la figure maléfique du méchant absolu si cher à la saga tombe en éclat. On remarque alors qu’il n’a pas besoin, contrairement à son grand-père, de masque pour survivre. C'est en soit très intéressant du point de vue du développement du personnage : celui-ci ne désire rien d’autre que de devenir aussi puissant et craint que Dark Vador alors qu’à la différence de ce dernier il a dû passer une enfance heureuse, couvée par le couple Solo-Skywalker, faite de siestes dans les bras de Chewbacca et d’entrainement au blasto-laser. Cependant, alors que le maitre Sith dans la saga originale était d’abord un méchant opaque et sans motivation véritable, celui-ci apparait comme un adolescent (en plus d’en avoir l’allure) fragile et capricieux, en pleine crise d’identité (oups, je viens de voir l’Anakin de la prélogie). Kylo Ren ne sera alors plus jamais menaçant durant le film (malgré l’assassinat de son père que l’on sent venir à des années lumières – référence à peine dissimulée à l’épisode 5), pire il se fera même une petite frayeur face à un jeune Stormtrooper dissident et sera battu par une élue Jedi naissante, jamais formée aux armes ! Même un Anakin, même un Luke avaient dû suivre une formation pour arriver à maitriser cette « arme élégante et précise » qu’est le sabre laser.                       

Ce nouveau volet ne saurait donc exister par lui-même. C’est comme si un auteur faisait du chapitre 7 de son livre une redite de son chapitre 4. Résultat, le lecteur fermerait le livre. Le film convoque tous les grands symboles et figures de la saga originale pour les placer souvent au cœur de son intrigue plutôt que de les utiliser pour mieux marquer une césure pour cette nouvelle génération. Parlons-en d’ailleurs : c’est avec un ami n’ayant jamais vu un Star Wars que j’ai découvert le film. Je pense donc aux spectateurs néophytes qui en plus de ne pas profiter du fan service omniprésent, peuvent difficilement embarquer dans cette aventure obscure (sans mauvais jeu de mots) pour les non avertis. En cela, la prélogie, souvent décriée, je n’en parlerai pas, réussissait à proposer des intrigues nouvelles (qu’on les aime ou non c’est un autre sujet) là où ce nouvel opus ne crée rien de nouveau. Le fameux argument du film fait par un fan (J.J Abrams) pour les fans ne tient pas. Seul un réalisateur visionnaire et capable de s’émanciper de l’œuvre originale en conservant une déférence sincère pouvait proposer quelque chose de nouveau alors que le fan ne pouvait que répéter le passé. Définitivement, ce n’est pas toujours dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes.          
               
Note : ☆☆☆☆☆☆☆☆☆ 1/10

Voir la bande annonce du "Star Wars - Episode VII - The Force Awakens"

Star Wars - Episode VII - The Force Awakens
Avec : Daisy Ridley, Adam Driver, John Boyega, Harrison Ford, Mark Hamill, Carrie Fisher
Réalisé par : J.J. Abrams
Produit par : Kathleen Kennedy, J.J Abrams, Bryan Burk
Ecrit par :  Lawrence Kasdan, J.J. Abrams et Michael Arndt
Directeur de la Photographie : Dan Mindel
Montage : Mary Jo Markey, Maryann Brandon
Musique : John Williams
Budget : 200 000 000 de dollars
Genre : Science fiction
Durée : 135 minutes

01/04/2013

Le Monde Fantastique d'Oz (2013) ★★★★☆☆☆☆☆☆ 4/10

Egoïste et à la morale douteuse, Oscar Diggs est le magicien de pacotille d’un cirque ambulant dans le Kansas. Lorsqu’il tente de s’enfuir à bord de son ballon après un nième mauvais tour, il est transporté jusqu’au merveilleux Pays d’Oz. Pour les habitants de ce monde haut en couleurs, la prophétie est vraie : un grand magicien vient les sauver du joug d’une méchante sorcière. Avec ces astuces d’illusionniste et ses tours de passe-passe désuets, Oscar Diggs est peut-plus que l’imposteur qu’il croit être…

Sans titre 1

Les décors outranciers ne parviennent même pas à nous intéresser pendant le déroulement d'une intrigue aussi molle que connue

Alice est passée par là. En 2010, Johnny Depp et Tim Burton donnaient leur propre version du classique de Lewis Caroll qui engrangeait au passage plus d’un milliard de dollars au box-office international. Il n’en fallait pas moins pour qu’Hollywood décide de tirer profit, à l’ère du numérique, de l’héritage littéraire allant des Frères Grimm à Baum en passant par Charles Perrault. Des versions remaniées de Blanche Neige, Hansel et Gretel (et prochainement La Belle au Bois Dormant) ont alors débarqué sur nos écrans. Plus de 70 ans après Le Magicien d’Oz de Victor Flemming, Disney espère lancer une franchise en confiant à Sam Raimi, le réalisateur de la trilogie Spider-Man, les commandes de ce prequel au classique de 1939.

Le premier quart d’heure du film est totalement en noir et blanc. Sam Raimi, le cinéphile s’amuse à filmer ses acteurs dans un cadre en 4 : 3, cet écran complètement carré ayant été la norme pendant les 50 premières années du cinéma. Nous y découvrons un magicien sans aucune morale, tombeur de ces dames, dont les techniques outrancières de séduction ne manqueront pas de nous amuser. Après cette première partie, pleinement réussie, il est temps pour Oscar de rejoindre, bien malgré lui, Oz et d’élargir ses horizons. C’est d’ailleurs ce que fait l’écran lui-même : l’image s’élargit peu à peu et semble ne jamais cesser de grandir. Le noir et blanc laisse la place à un déluge de couleurs et la 3D prend toute son ampleur. Oscar vient d’entrer dans un nouveau monde : celui fantastique d’Oz.



Sam Raimi signe avec le troisième acte du film une véritable lettre d’amour au cinéma, rendant hommage, comme l’avait fait Scorsese avec son Hugo Cabret, aux premiers effets spéciaux, au cinémagique du temps de Méliès

Mais au bout du « conte », il n’y a bien que pour lui que ce monde est nouveau. Les forêts luxuriantes, les créatures étranges, séduisantes ou effrayantes de cet univers ne sont que des variations minimes de ce qui a déjà été fait, si bien qu’aucune des images colorées jusqu’à l’excès ne nous restera en tête après la projection du film. C’est d’autant plus dommage que cet univers aurait pu nous distraire durant une intrigue aussi molle que connue. Dénoncer le manque d’originalité de l’histoire serait vain puisqu’il s’agirait de dénoncer au passage la quasi-totalité des intrigues de blockbusters depuis le Star Wars de 1977. Si de Matrix au Seigneurs des anneaux, en passant par Transformers, il s’agissait toujours d’un « élu » que rien ne prédisposait à mener sa quête, ses vieilles ficelles narratives héritées de la littérature ne cédaient jamais car renforcées par une identité propre ou du moins une efficacité certaine. Comme l’avait fait Burton pour son Alice, Raimi fait de son décor un personnage mais un mauvais personnage.

Les personnages justement ! Seul celui de James Franco, avec tous ses défauts, attise notre sympathie. Les autres Mila Kunis, Michelle Williams et Rachel Weisz interprètent des personnages stéréotypés jusqu’à la moelle et ces dernières ne cherchent pas véritablement à donner une dimension plus grande à leur jeu mono-expressif (voir le sourire niais de Michelle Williams). Au final on s’ennuie beaucoup en regardant Oz.

Le troisième acte du film, à défaut d’être épique, renoue avec ce qui nous plaisait au début du long métrage et c’est ce qui sauve un peu le film. James Franco et deux de ses comparses font preuve d’une inventivité réjouissante pour chasser les méchantes sorcières hors de leurs contrées. Les illusions et les jeux de lumière qui nous apparaissent aujourd’hui comme les plus désuets se révèlent au final puis puissant que les sors dévastateurs des sorcières. Sam Raimi signe ainsi avec cette séquence une véritable lettre d’amour au cinéma, rendant hommage, comme l’avait fait Scorsese avec son Hugo Cabret, aux premiers effets spéciaux, au cinémagique du temps de Méliès.

Note : ★★★★☆☆☆☆☆☆ 4/10

Voir la bande annonce du "Monde Fantastique d'Oz"

Oz The Great and The Powerful
Avec : James Franco, Mila Kunis, Michelle Williams et Rachel Weisz
Réalisé par : Sam Raimi
Produit par : Joe Roth
Ecrit par : Mitchell Kapner et David Lindsay-Abaire, d'après Le Magicien d'Oz de L. Frank Baum
Décors : Todd Cherniawsky
Costumes : Gary Jones
Directeur de la Photographie : Peter Deming
Direction artistique : Robert Stromberg
Montage : Bob Murawski
Musique : Danny Elfman   
Budget : 200 000 000 de dollars
Genre : fantastique
Durée : 130 minutes

10/03/2013

To The Wonder (A la Merveille - 2013) ★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

Neil est certain d’avoir trouvé la femme de sa vie. Belle, pleine d’humour, originaire d’Ukraine, Marina est divorcée et mère d’une fillette de 10 ans, Tatiana. Après avoir connu la passion à la Merveille - le Mont-Saint-Michel - le couple a décidé de s'installer dans le pays de Neil, l'Amérique, dans les vastes espaces de l’Oklahoma. Leur relation s’est fragilisée : Marina se sent piégée dans cette petite communauté américaine ennuyante où elle cherche conseil auprès d’un autre expatrié, un prêtre catholique nommé Quintana. L’homme a ses propres problèmes : il doute de sa vocation… Marina décide de retourner en France avec sa fille. Neil se console avec Jane mais Marina revient finalement et les deux amants tentent de préserver leur couple abimé par leurs personnalités contrastées.



A la Merveille semble parfois n’être que les scènes coupées de The Tree of Life, laissant un arrière-goût de déjà-vu, ne fonctionnant pas à elles seules car au final ce film ne dit rien de vraiment nouveau.

Critiquer un film de Terrence Malick, surtout quand celui-ci se situe dans l’ère post Nouveau Monde, c’est reconnaitre les limites de son propre langage, c’est se confronter à la peur de la page blanche dûe à l’impossibilité d’exprimer ce que l’on a ressenti à la vision des images du réalisateur de La Ligne Rouge. Car même les détracteurs du cinéaste ne peuvent nier que regarder un film de Terrence Malick s’apparente à l’expérience cinématographique par excellence dans la mesure où ses histoires, en particulier depuis The Tree of Life, ne peuvent être racontées autrement qu’au cinéma. Ce n’est pas seulement parce que le cinéma de Malick utilise avec brio les procédés propres au septième art (cadrage, photographie, montage) mais c’est que son cinéma lorgne du côté de l’éthéré, de l’abstrait, et que les mots (les miens en tous cas) ne peuvent traduire.

Parce qu’aller voir un film du réalisateur de La Ballade Sauvage révèle de l’ « expérience » il apparait alors difficile d’en parler de la même façon que les autres films. Pour autant, je ne me déroberai pas à fournir un avis clair sous prétexte qu’il s’agit ici de parler d’un ovni dans le paysage cinématographique d’aujourd’hui que l’on ne sait pas sous quel angle envisager.

Je parlais plus haut de « ressenti », terme que je préfère à « compris » car Malick, bien qu’étant un cinéaste de la réflexion, m’apparait comme un réalisateur plus émotionnel qu’intellectuel. Ce n’est pas une nouvelle parade pour éviter de mettre à plat le propos du film car je trouve véritablement qu’il s’agit plus de savoir sur quoi on a réfléchi plutôt que ce que l’on a compris. Il interroge plus qu’il ne donne de réponses. Il ne verse cependant pas dans un discours vain, sans prise de position car il nous dit tout de même des choses – il évoquait par exemple dans The Tree of Life deux voies pour aborder la vie : celle de la nature et celle de la grâce dont Olga Kurylenko dans A la merveille apparait d’ailleurs comme la parfaite ambassadrice tissant un des nombreux liens entre la Palme d’Or 2011 et ce nouveau film.



Si ses prochains films continuent sur la voie ouverte par The Tree of life, ils devront cependant s’en affranchir et s’affirmer comme uniques et autonomes dans la filmographie du réalisateur texan, sous peine de devenir insignifiants

Visuellement, on reste bouche bée. Le réalisateur des Moissons du Ciel confirme une nouvelle fois son statut de poète visuel. Ses images (et celles du directeur de la photographie Emmanuel Lubezki) transcendent le discours des personnages, créant des métaphores visuels aussi belles que simples à saisir (pour la plupart). A la Merveille reste ainsi aussi hypnotisant de beauté que son prédécesseur.

Mais le principal problème de A la merveille est d’arriver si peu de temps après The Tree Of Life. Cinéaste qui se laissait jusqu’à présent désirer (6 films en quarante ans), Malick met désormais les bouchées doubles : A la merveille a été monté pendant qu’il tournait Knight of Cups (avec Christian Bale et Nathalie Portman) et Lawless (avec Ryan Gosling et Rooney Mara). Si on peut être ravi de cette nouvelle énergie qu’a le cinéaste, on espère qu’elle ne va pas tourner à une vaine course contre la montre pour rattraper « le temps perdu » de son début de carrière l’empêchant de renouveler son propos car A la merveille semble parfois n’être que les scènes coupées de The Tree of Life, laissant un arrière-goût de déjà-vu, ne fonctionnant pas à elles seules parce qu'au final ce film ne dit rien de vraiment nouveau.

Pourtant, le début du film laissait présager une possibilité pour ce cinéaste profondément américain de se renouveler. En effet, c’est d’abord une voix française que l’on entend (et que l’on entendra le plus dans le film), c’est à Paris puis au Mont Saint Michel que nous entamons notre voyage. L’espace géographique est différent que dans les autres films de Malick mais le réalisateur revient rapidement sur le sol étatsuniens, peut-être aussi mal à l’aise que Ben Affleck dans cette vieille France. De plus, le thème en lui-même pouvait suggérer un film pleinement nouveau. A la Merveille parle d’amour. Si cette thématique est récurrente au cinéaste (« Sans amour la vie passe en un éclair » prévenait déjà Jessica Chastain dans The Tree of Life), il était question avec ce film de mener une réflexion profonde et complète mais celle-ci ne nous convainc pas, pire elle ne nous transporte pas.

A la Merveille reste cependant aussi hypnotisant de beauté que son prédécesseur

Ce thème est pourtant aussi universel que le complexe œdipien présent dans The Tree of life mais ici la sauce ne prend pas. C’est peut-être dû à des personnages figés sur la pellicule. La virtuosité de la mise en scène ne permet de masquer qu’en partie des personnages sans réelle épaisseur. Javier Bardem semble un peu perdu dans son rôle de prêtre, sûrement passé à la trappe dans la salle de montage. Son personnage a néanmoins le mérite d’évoquer le questionnement de la foi ainsi que les conséquences d’un tel dévouement pour quelque chose qui restera à jamais incertain. Mais le véritable fantôme du film est le personnage de Rachel MacAdams, son aventure avec Ben Affleck aurait pu venir complexifier ses sentiments envers celui d’Olga Kurylenko mais il n’en est rien et la jolie blonde reste aussi insignifiante qu’une aventure d’un soir.

Après avoir atteint le sommet de l’Everest cinématographique avec The Tree of Life, Malick tourne un film pendant son voyage de retour, encore hanté par les magnifiques images qui lui avaient value les honneurs cannois en 2011. Le spectre de son dernier film plane donc sur ce nouveau long-métrage ce qui est assez pour nous intéresser l’espace d’une heure quarante car Terrence Malick reste le seul cinéaste à l’heure actuelle à jouer dans cette catégorie de cinéma pure, cherchant une nouvelle façon de dire et de raconter, autre que celle des sacro-saints 3 actes (exposition, nœud, dénouements). Si ses prochains films continuent sur la voie ouverte par The Tree of life (narration, images), ils devront cependant s’en affranchir et s’affirmer comme uniques et autonomes dans la filmographie du réalisateur texan, sous peine de devenir insignifiants, ce que l’on peut parfois reprocher à A la Merveille.

Voir la bande annonce de "A la Merveille"

To The Wonder (A La Merveille)

Ecrit et réalise par : Terrence Malick
Avec : Ben Affleck, Olga Kurylenko, Rachel McAdams
Directeur de la Photographie : Emmanuel Lubezki

23/02/2013

Die Hard : Belle Journée Pour Mourir (2013) ★★★★☆☆☆☆☆☆ 4.5/10

« Les papis de l’action », voilà comment certains les ont baptisés à la sortie de The Expendables dont le troisième volet est désormais sur les rails. Ce début d’année 2013 a pour caractéristique de nous offrir le retour des plus grandes figures du cinéma américain des années 80 dans leur genre de prédilection : le film d’action. En janvier, Arnold Schwarzenegger a repris du service après plusieurs années à gérer la paperasse derrière son large bureau de Californie. Bientôt Sylvester Stalone reviendra avec du plomb dans la cervelle mais depuis mercredi, c’est à Bruce Willis de dynamiter encore plus les vestiges du cinéma couillu des années Reagan.


Les anciens volets de la franchise se caractérisaient par leur capacité à jouer et à tirer profit de leur environnement (l’immeuble dans le premier, l’aéroport dans le second, et tout New York dans le troisième) ; ici, l’intrigue nous mène à une pauvre usine de Tchernobyl désaffectée, toute en numérique !

John MacClane en a vu de belles ! Des terroristes à la petite semaine à ceux organisés de l’Europe de l’Est en passant par ceux de l’ère numérique, MacClane les a tous renvoyés chez eux, les pieds devant. Avec ce nouveau volet, l’inspecteur MacClane s’offre un ticket pour la Russie afin de retrouver son fils auquel il n’a pas parlé depuis un bon nombre d’années. Il apprend que ce dernier est un agent de la CIA hautement qualifié qui doit empêcher un vol d'armes nucléaires. Ils doivent affronter la mafia russe ensemble et faire face à un ennemi sur le point de déclencher une guerre. Une Belle Journée Pour Mourir en perspective donc.

Envoyer MacClane à l’étranger, voilà une bonne idée pour redynamiser une franchise vieille de près de 30 ans. Un père et son fils en mal de communication, un héritier aussi couillu que son paternel mais aux méthodes encore trop by the book et de grands méchants russes, autant de composants d’une vodka potentiellement explosive (ça plaira à Willis l’actionnaire). Mais si MacClane a de la bouteille, peut-être trop finalement, c’est presque avec la même gueule de bois que le Bruce d'Une Journée en Enfer que le spectateur pourrait sortir de la salle. Si le scénariste nous envoie à Moscou, c’est avec toute l’imagerie « nanarde » des séries B période guerre froide dans nos bagages. Uranium, armes de destruction massive : Mother Russia dans toute la splendeur que lui confère le cinéma d’action américain. Bienvenue à la fête camarade ! A croire que le scénariste à l’instar de son héros lors de sa visite de la capitale Russe, a utilisé le guide du scénario pour idiot. Dans leur nouvelle aventure, MacClane père et fils se rendront jusqu’à Tchernobyl sans soucier de se parer de la tenue, pas très badass il est vrai, qui leur permettrait d’envisager sereinement et en pleine forme leurs prochaines aventures.


 Les effets numériques sont ultra-présents dans ce nouveau film et on regrette (et on fait bien) les effets spéciaux d’antan, le sang qui tache et le verre qui coupe !
Les grossièretés sont légions dans ce nouvel épisode qui pâtit, comme le précédent, d’un méchant pas très méchant finalement, contrairement à ceux que les anciens épisodes avaient su offrir. Désormais la mode chez les bad guys est à l’excentricité (Le Joker de The Dark Knight ou plus récemment le némesis de 007 dans Skyfall). Pour le coup, le méchant, qui n’est en fait qu’un simple homme de main d’un autre grand méchant russe, confie ses anciennes aspirations de danseur face à deux MacClane un moment sous son joug, le tout en croquant dans une carotte ! Mais il y a un (piètre) double jeu d’un autre personnage qui se révèle ensuite être le véritable homme à abattre (n’oubliez surtout pas sa fille !)
Les anciens volets de la franchise se caractérisaient par leur capacité à jouer et à tirer profit de leur environnement (l’immeuble dans le premier, l’aéroport dans le second, et tout New York dans le troisième) ; ici, après une poursuite explosive dans Moscou, l’intrigue nous mène à une pauvre usine de Tchernobyl désaffectée, toute en numérique !

Ce cinquième volet démontre une nouvelle fois que la technologie n’est vraiment pas le truc de MacClane. Après s’être échiné à resister aux avancées technologiques dans les deux premiers épisodes (son aversion et sa méconnaissance des nouvelles techniques de communication en général), le quatrième volet plaçait ce joueur analogique dans un monde tout numérique et le film adoptait au passage les (mauvaises) manies de la réalisation contemporaine des films d’actions et c’est toujours le cas dans ce Die Hard : A Good Day To Die Hard. La caméra tremble sans arrêt et ce le plus près possible des personnages, le montage est épileptique, à croire que désormais la tension ne peut passer que par un camera-man atteint de Parkinson ! Les effets numériques sont ultra-présents dans ce nouveau film et on regrette (et on fait bien) les effets spéciaux d’antan, le sang qui tache et le verre qui coupe !
Les grossièretés sont légions dans ce nouvel épisode qui pâtit, comme le précédent, d’un méchant pas très méchant finalement, contrairement à ceux que les anciens épisodes avaient su offrir

Abordons les points positifs tout de même ! Le duo Bruce Willis – Jai Courtney fonctionne plutôt bien quand papa prend les devants. Le rôle de J’en-ai-vu-d’autres-mon-petit va à ravir à un Bruce quelque peu vieillissant. Quelques punchlines font mouche, d’autres tombent à l’eau (« Putain, je suis en vacances ! » ). La scène finale sous un soleil couchant au ralenti, bien trop emphatique pour fonctionner, achève le film sur une énième note négative. Pour autant, si le prochain volet se fait, j’irai le voir, toujours amateur de cette figure sympatoche et cool qu’est John MacClane.

Bruce Willis n’était pas opposé à un 6ème opus. Sa qualité scellera la saga Die Hard (3 bons / 3 très moyens ?) et des conditions seront à respecter : utiliser un pied pour la caméra et rappeler McTiernan (et les anciens scénaristes.


22/02/2013

Gangster Squad (2013) ★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

À Los Angeles, en 1949, le parrain Mickey Cohen règne en maitre sur toute la ville et la mafia. Alors qu’il contrôle déjà le trafic de drogue, des armes et des prostituées, il tente de diriger tous les paris de Los Angeles jusqu’à l’ouest de Chicago. Pour cela, il peut compter sur l’aide de ses nombreux hommes de main, mais également sur celle de la police et des hommes politiques corrompus. Seule une brigade officieuse du LAPD, dirigée par John O’Mara et Jerry Wooters, va tenter de détruire l’empire de Cohen…
 

Le film nous donne l’impression qu’Hollywood ne sait plus faire ce type de films, les années Truman lui semblant désormais trop lointaines pour livrer un film d’époque convaincant

Dans l’imaginaire hollywoodien certains mots vont par paire. Ainsi, au cinéma il est impossible de prononcer le mot gangster sans qu’il ne soit suivi de Warner. Le studio reste un des seuls, avec peut-être la MGM et ses musicals, à avoir dans les mémoires des spectateurs le monopole sur un genre précis. Si d’autres majors ont apporté leurs contributions au film de gangster qui est avec le western le genre le plus hollywoodien (Universal avec ces deux Scarface et Casino, Paramount avec ses Parrains et ses Incorruptibles), la Warner fût la première à lui donner ses lettres de noblesses avec des films comme L’Ennemi Public Numéro 1, Le Petit César ou encore les Fantastiques années 20. Par la suite, le studio restera cohérent avec son image de fabrique de films de gangsters héritée de l’âge d’or hollywoodien en ajoutant à son mythique catalogue des titres comme Bonny and Clyde, Mean Streets, Once Upon A Time In America, Les Affranchis, Heat ou encore les Infiltrés.

Apprendre la mise en chantier d’un film comme Gangster Squad par la Warner avait de quoi nous enthousiasmer, d’autant plus qu’une pléiade d’acteurs cinq étoiles était de l’aventure avec l’ambition de venir ajouter Gangster Squad au Panthéon des films de gangsters. Le Los Angeles des années 40 et ses trench coats, voilà un décor parfait pour renouer avec les classiques d’antan et c’est bien ce que la magnifique affiche du film semblait nous promettre.

Mais une fois la première bobine (!) amorcée le film nous donne l’impression qu’Hollywood ne sait plus faire ce type de films, les années Truman lui semblant désormais trop lointaines et incompréhensibles pour livrer un film d’époque convaincant. Les costumes, les décors et les sulfateuses sont bien là mais l’esthétique « glam » et ses couleurs chaudes ainsi que les ralentis extravagants du réalisateur Ruben Fleischer confinent le film au simple rang d’objet stylisé. Ces choix tape-à-l’œil, s’ils amusent pendant une partie du film, empêchent l’émergence d’un véritable intérêt du spectateur pour les personnages. On ne se fait pas tant de soucis que ça pour eux et on sait parfois à l’avance, par le recours à des ficelles scénaristiques éculées, que certains ne finiront pas l’aventure.



Les costumes, les décors et les sulfateuses sont bien là mais l’esthétique « glam » et les ralentis extravagants du réalisateur confinent le film au simple rang d’objet stylisé

A l’instar de la figure du cowboy ou du boxeur, jouer un gangster est souvent l’occasion pour un acteur de se mesurer aux géants qui l’ont précédé. A l’origine, il y avait James Cagney. Son sourire carnassier et son regard diabolique l’ont sacré comme la figure phare du genre. Joe Pesci (Les Affranchis, Casino) et Al Pacino (Scarface) se sont imposés comme dignes héritiers de l’acteur c’est face à eux que Sean Penn a dû se mesurer pour composer son personnage. Mais sa prestation pâtit d’un maquillage outrancier qui renvoie plus au Pacino de Dick Tracy qu’à celui de Scarface. Son look de personnage de comic book accentue davantage la sensation de cabotinage auquel se prête l’acteur, pourtant inhérente à ce type de prestation, ce qui pourra rebuter certains.
Sinon, l’intègre Josh Brolin parvient plutôt bien à emmener sa brigade comptant dans ses rangs un Ryan Gosling qui ne manquera pas de faire chavirer une nouvelle fois le cœur des dames.
Du côté de la gente féminine justement, Emma Stone prête ses traits à une femme fatale rousse qui n’a pas la saveur d’une Rita Hayworth, critique à imputer plus à un personnage sans trop d’épaisseur qu’à sa prestation en elle-même.

En réponse aux bandes annonces postées sur le web on pouvait lire des commentaires qui pointaient une nouvelle fois du doigt « le manque d’inspiration d’Hollywood » en dénonçant le film comme une version 2013 des Incorruptibles qui à défaut de nous surprendre aurait été synonyme d’un excellent film de genre mais ce n’est malheureusement même pas le cas. Malgré les effets de manches du réalisateur qui nous tire dessus à grands coups de ralentis, on peine à garder tête une image marquante de ce film qu’on voulait pourtant aimer.

25/12/2012

End of Watch - ★★★★★★★★☆☆ 7.5/10

End of Watch est la claque du mois, celle qui marque et remet les idées en place ; d’autant plus violente qu’inattendue.

Brian Taylor et Mike Zavala, jeunes officiers de police, patrouillent dans les rues les plus dangereuses de Los Angeles, risquant leur vie chaque jour dans leur lutte contre les cartels de drogue et leurs milices surarmées. Ils embarquent dans un périple sanglant où chaque erreur est marquée d’un coup de feu. « Protéger et Servir »




Malgré son joli succès aux Etats-Unis, en France le film est expédié dans les petites salles dès sa première semaine d’exploitation et il serait  facile de manquer ce rendez-vous coup de poing, pris en tenaille par le rouleau compresseur James Bondien et les succès d’Argo et Looper, plus populaires. Pourtant  End of Watch est un film explosif, d’une violence dérangeante car on sait qu’elle n’est que la reconstitution  fidèle de celle qu’éprouvent quotidiennement les forces de l’ordre dans les quartiers chauds de Los Angeles.

Loin de signer un film de propagande pour l’ordre et la morale, comme le fait parfois Hollywood en répondant aux commandes du Pentagone (Act of Valor), le réalisateur filme les bas-fonds de Los Angeles avec une nervosité comme on n’en avait pas vu depuis un moment. Il les avait déjà dépeint dans Training Day dont il avait signé le scénario mais il abandonne ici toute stylisation pour livrer un long métrage brut, taillé dans la roche. Filmé à la volée, parfois par les personnages eux-mêmes, le long métrage flirte avec un Cinéma Vérité brutal et sans concession. Cette authenticité, nous la devons aux personnages, qui permettent à End of Watch de prendre une dimension quasi documentaire.



Malgré toutes les tragédies, déjà bien grandes pour la vie d’un homme, que connaissent chaque jour nos deux coéquipiers, ces derniers conservent l’énergie pour rire et continuer à vivre. Ils nous livrent ainsi de véritables moments de complicité, gorgés d’humour, qui illuminent le visage du spectateur entre deux opérations sanglantes. Car c’est avant tout un drame humain que nous livre le scénariste-réalisateur David Ayer. Les amitiés sont scellées dans l’ombre du danger et la famille ainsi que le courage servent de repères dans un mode de vie instable où chaque moment peut être le dernier.

On sort de la salle en chancelant, cherchant à retrouver nos marques  dans un monde qui, s’il est plus paisible le doit à ces héros de l’ombre sans masque ni cape, identifiable seulement à leur insigne sur la poitrine.

Looper - ★★★★★★☆☆☆☆ 5/10

En 2044, le voyage dans le temps n'a pas encore été inventé, mais dans 30 ans, ce sera le cas. La mafia a mis la main sur le procédé et l'utilise pour renvoyer dans le passé les individus qu'elle souhaite faire disparaître. Joe est un looper, un tueur du futur qui exécute plus qu'il n'assassine, chargé de récupérer le « colis » du futur qu'il ne peut sous aucun prétexte laisser s'échapper. Mais un jour, tandis que Joe se tient prêt pour sa prochaine exécution, il se retrouve nez-à-nez avec son lui futur...

Le film commence de la meilleure des façons, prenant tout de suite le spectateur à la gorge.

La réputation de Looper le précédait depuis bon nombre de semaines maintenant. Il a été célébré unanimement par la presse américaine lors de la dernière édition du festival de Toronto : « Le Inception du cinéma de Science-Fiction indépendant », « Le Matrix de cette génération » s’enflammaient les critiques américains. Mais comment un film qu’on disait flirter aussi bien du côté de Terminator que de l’œuvre de Philip K. Dick arriverait-il à faire honneur à ses références tout en réussissant à exister par lui-même ?  Malheureusement Looper ne nous donne pas la réponse.

Pourtant, le film commence de la meilleure des façons, prenant tout de suite le spectateur à la gorge. Narrées par un protagoniste plutôt antipathique, les premières séquences dépeignent une vision d’un futur pessimiste, dans un état comparable à notre époque actuelle. Blasé, notre narrateur nous expose son train de vie avec autant de froideur que l’environnement dans lequel il évolue. Exécutions sommaires, cachets exorbitants, consommation de drogues et de sexe, voilà la vie de Joe ; jusqu’au jour où son « colis » se révèle être son lui futur.

Le face-à-face tant attendu a alors lieu ; celui entre Joseph Gordon Levitt, qui réussit à rappeler avec brio le jeune Bruce Willis dans ses années Die Hard, et son lui futur : un Bruce Willis parfait qui ne semble plus vieillir. Après un jeu rapide du chat et de la souris, les deux hommes se rencontrent dans une cafétéria perdue dans la campagne, nous offrant ainsi une des meilleures scènes du film. Une des qualités de Looper est son ambition à raconter une histoire divertissante tout en véhiculant des thèmes intéressants. Le spectateur se délecte ainsi d’une rencontre aussi frustrante qu’improbable entre deux mêmes personnes à un stade différent de leur vie. Le réalisateur décide de laisser de côtés les explications (qui restent au final mal définies) de ce voyage dans le tempspréférant sonder l’âme de ses personnages, opposant un homme égoïste et perdu à sa version habitée par une volonté de continuer à savourer les plaisirs de la vie qu’il a trop tardivement découvert.

Pour notre plus grand regret, Looper, s’il reste divertissant et, par bien des moments, haletant, échoue dans sa tentative de création d’un univers futuriste qui fonctionne.

Si l’humanité de ses personnages lui est chère, Rian Johnson nous offre également de merveilleuses séquences à la technique irréprochable. Dans une nouvelle boucle narrative, le réalisateur nous présente l’évolution du personnage de Joe, passant progressivement de Levitt à Willis, le tout sur des compositions musicales de circonstance, signées par l’un de ses frères.

Malheureusement, Looper échoue sur le terrain où on l’attendait irréprochable : la perfection de son scénario. En effet, Rian Johnson se perd dans les multiples espaces temporels qu’il a ouverts rendant son film au final incohérent après réflexion. Mais le long métrage souffre surtout de sa dualité. Il y a en réalité deux histoires dans Looper. Et c'est justement en hésitant entre deux genres, thriller temporel et film surnaturel, que le film déçoit. Bien qu’offrant des scènes visuelles particulièrement fortes et un thème intéressant (l’influence primordiale des parents sur le devenir de l’enfant), on aurait préféré que Rian Johnson s’attarde plus sur le duo Levitt-Willis qui passe rapidement à la trappe au profit d’un autre couple : Emily Blunt et son enfant, qui malgré leur prestations parfaites, restent moins palpitants que les deux hommes.

Parfois grossier (l’invincibilité de Bruce Willis), parfois parfaitement maitrisé (l’évolution du personnage dans le temps, boucle narrative), le film ne résiste pas là où Inception laissait la possibilité au spectateur d’interpréter de multiples façons les ressorts de l’histoire. Pour notre plus grand regret, Looper, s’il reste divertissant et, par bien des moments, haletant, échoue dans sa tentative de création d’un univers futuriste qui fonctionne.

Note : ★★★★★★☆☆☆☆ 5/10

16/10/2012

God Bless America - "Kill'em all" - ★★★★★★★☆☆☆ 7/10

God Bless America est un véritable défouloir où deux personnages éliminent sans vergogne des parasites d’une société désarmante de bêtise : la nôtre ! Un massacre pas si arbitraire que ça !

Frank semble être maudit. Divorcé, vivant dans une maison minuscule, il apprend le même jour qu'il est licencié et atteint d'un cancer au cerveau. Mais la tumeur n'est pas soignable. N'ayant plus rien à perdre et lassé du spectacle désolant que lui offre sa télévision chaque jour, il prend les armes pour nettoyer les traces quotidiennes de la décadence américaine. Il abat alors les personnes viles et stupides qu'il rencontre. Il est rejoint par Roxy, une lycéenne révoltée. C’est le début d’une équipée sauvage, sanglante et grand guignolesque sur les routes de la bêtise made in USA.



S'efforcer d'y voir une apologie du vigilantisme serait ridicule, God Bless America reste un véritable objet de cinéma, pétri de références affichées aux films de "barjos".
Inutile de crier au blasphème ou de s'efforcer d'y voir une apologie de la violence ou du vigilantisme. En aucun cas le réalisateur Bob Goldthwait ne veut voir ses spectateurs prendre les armes pour repeindre le monde en rouge. A défaut de voir éclater une révolution culturelle, ce que God Bless America encourage sûrement, le film incite à une sérieuse remise en question des icônes de notre époque. Détail amusant que ce film de révoltés soit distribué en salles par une société, Potemkine Films, ayant pris pour nom un classique du cinéma révolutionnaire bolchévique.

Les médias sont la cible majeure de ce brûlot dans lequel est dénoncé leur manque de tout respect pour les individus et leurs idées parfois douteuses (le présentateur, maitre de son émission, impose son point de vue), exploitant les limitations de certains individus (le candidat d’American Superstar) quand ils ne véhiculent pas une conception infâme de la vie (l’émission de télé-réalité sur la gamine pourrie gâtée).  Polluant les ondes de bêtise, les acteurs du petit écran sont donc légion sur la death list de Frank et Roxy. Le public aussi n'est pas épargné et Frank rêve de le punir pour répondre présent, avec toujours plus d'enthousiasme, aux rendez-vous désolant des chaines. Il n’y a pas qu’eux ! Beaucoup en prennent pour leur compte : des intégristes religieux au public bruyant et irrespectueux au cinéma. Tuez les tous !
En donnant naissance à un défouloir jouissif auquel le spectateur est ravi de prendre part, God Bless America rend son rôle cathartique au cinéma.
Si le réalisateur Bob Goldthwait souhaite un changement, aussi radical que nécessaire, il n'encourage pas pour autant un nouvel Aurora, tant son film ne semble pas vouloir nous enseigner l'art du massacre à la sauvette : les incohérences scénaristiques mettraient hors d'état de nuire nos personnages dès les premières vingt-minutes. Car après tout, God Bless America reste un véritable objet de cinéma, pétri de références affichées aux films de "barjos". Joël Murray rencontre un vendeur d'armes clandestin dans une chambre miteuse à la manière de Robert De Niro dans Taxi Driver dont l'armurier du dimanche reprend certaines lignes de dialogues quand il ne cite pas le Samuel L. Jackson de Jackie Brown.

A l'instar de sa carabine, Joël Murray porte le film à bout de bras, la mine aussi perdue que son frère Bill. Maladroit et touchant il est le cœur émotionnel du film et aura peu de mal à nous faire embarquer dans sa chevauchée sanglante. Le malaise de son personnage en phase terminale, allégorie parfaite d'une société sur le déclin, perd cependant de sa force quand il est exposé de manière trop explicite dans des discours parfois un peu lourds, comme si le réalisateur sentait le besoin d'en rajouter une couche, semblant douter de l'efficacité, pourtant réelle, des seules situations de son film.
Dans God Bless America, gore et absurdité sont parfaitement dosés donnant naissance à un défouloir jouissif auquel le spectateur est ravi de prendre part. Ainsi, le film rend au septième art son rôle cathartique, en éliminant, sous les coups de feu de Frank et Roxy, tous ces personnages détestables qu'aucun spectateur ne regrettera.

Note : ★★★★★★★☆☆☆ 7/10
God Bless America (2012)
Ecrit & Réalisé par : Bob Goldthwait
Produit par : Jason Stewart et Jim Goldthwait
Avec : Joel Murray, Tara Lynne Barr, Melinda Page Hamilton
Photographié par : Bradley Stonesifer
Monté par : Jason Stewart
Budget : une misère
France : en cours d'exploitation


12/10/2012

Un Jour, Une Bande Annonce - Page Facebook

Un Jour, Une Bande Annonce est une page facebook que j'ai créée pour partager les nombreuses bandes annonces qui m'enthousiasment chaque semaine.



Chaque jour une bande annonce est postée afin de s'enthousiasmer pour le cinéma de demain !

La diffusion aux Etats-Unis de la première bande annonce eut lieu pendant l'année 1913. Depuis, ce support promotionnel a pris de plus en plus de place jusqu'à être considéré comme l'ultime argument pour donner envie au public de voir le film. Si le réalisateur de la bande annonce fait bien son travail, chaque film doit apparaitre comme parfait pendant les deux minutes que dure la vidéo.

Fasciné par les teasers, trailers et TV Spots en tout genre, les stratégies marketing des studios me passionnent. Des dizaines d'extraits proposés aux diffusions d'images au compte-goutte, image et son y sont si bien assemblés que pendant des mois je ne peux m'empêcher de les visionner en boucle, excité à la moindre nouvelle image.

Ayant eu la chance de réaliser un stage dans l'agence Sonia Tout Court, comptant parmi les acteurs majeurs dans le monde français de la bande annonce, j'ai pu modestement découvrir le travail de ces monteurs bien particuliers.

Des blockbusters hollywoodiens au cinéma indépendant US, du cinéma français à celui de l'étranger, le but de cette page est de faire découvrir des films annonces originaux, habillement montés ou encore pour avertir sur les films qui en valent la peine.

Cliquez ici pour rejoindre la page "Un Jour, Une Bande annonce" : chaque jour une bande annonce est postée afin de s'enthousiasmer pour le cinéma de demain.

08/10/2012

Savages (2012) - ★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

Après le décevant Wall Street : Money Never Sleeps, Oliver Stone revient avec Savages, un film divertissant mais inégal.

Laguna Beach, Californie : Ben, botaniste bohème, Chon, ancien Navy Seal, et O, amante des deux hommes, partagent tout. Ben et Chon sont à la tête d’un business florissant : les graines ramenées par Chon de ses missions et le génie de Ben ont donné naissance au meilleur cannabis qui soit. Leur affaire marche tellement bien qu’elle attire l’attention du cartel mexicain de Baja, dirigé d’une main de fer par la Reina : Elena. Face à leur proposition d’"association", Ben préfère tout abandonner. Pour les contraindre à coopérer, le cartel kidnappe O. C’est le début d’un affrontement sauvage entre l’organisation et Ben & Chon…






Oliver Stone revient avec un film déjanté avec lequel il prouve son éternelle jeunesse malgré ses soixante-six ans et montre qu’il a toujours envie de raconter des histoires. Espérons seulement que ses prochains films seront mieux maîtrisés.

Une affaire de points de vue que cette histoire de sauvages. Oliver Stone s’amuse à jouer avec le mot qu’il prendra soin de définir à la fin du film.
Du point de vue du trio principal et du spectateur, la sauvagerie est indiscutablement représentée par le cartel de la Reine Rouge, jouée par Salma Hayek, et ses hommes capables de réaliser les pires horreurs sans sourciller. Cependant, Oliver Stone est loin d’utiliser la violence comme argument commercial ; celle qu’il a connue durant la guerre du Vietnam a toujours fait office de vaccin contre toute tentative de stylisation. Ainsi, il dépeint la sauvagerie qui rythme la vie des cartels de drogues mexicains. Décapitation et immolation par le feu refroidiront les afficionados de Scarface, dont le scénario est d’ailleurs signé par Oliver Stone, et qui auraient mal interprété la violence du film de Brian de Palma, ayant toujours pour idole Tony Montana. Une fois dans le milieu, il n’y a aucune issue. Les hommes du cartel ne peuvent que s’exécuter aux pires horreurs, devenues désormais des tâches anodines, sous peine de finir dans un coffre de voiture. Ils sont menés par un Benicio Del Toro bluffant de monstruosité. Ajoutant un nouveau personnage de taré à sa filmographie, il est terrifiant et d’une sauvagerie incroyable dans chaque plan. Pour autant, ce dernier ne se gênera pas pour juger le libertinage du trio amoureux qui lui prendra la tête pendant quelques jours : « Savages ».

Si cette situation concubine peut paraître à première vue incompréhensible, une réplique de Salma Hayek viendra expliciter le caractère ambigüe de la relation qui lie ces trois personnages que tout semble séparer. Les spectateurs récalcitrants à accepter l’idée d’un triangle amoureux comprennent alors que ceci est possible grâce à l'amitié indestructible entre Ben & Chon, dont la complicité et la complémentarité sont unes des forces du film. Une question demeure pourtant : pourquoi avoir choisi une Blake Lively dont le personnage, après avoir exposé ses arguments plastiques à la caméra en début de film, finira par irriter le spectateur ne comprenant pas ce que ces deux hommes trouvent à cette californienne insipide.





















La camaraderie entre Ben & Chon mais surtout le charisme et l’humanité d’Aaron Johnson permettent au spectateur de se repérer dans un monde sans pitié où les sourires ultra bright californiens sont troqués contre les rictus menaçants d’un Benicio Del Toro effrayant.

Narratrice de l’histoire, O. viendra rompre la magie du cinéma en dévoilant le caractère artificiel du récit « Ce n’est pas parce que je vous raconte cette histoire que je suis en vie à la fin », amplifiée par certains choix de mise en scène comme le rembobinage du film. Mais c’est en particulier dans la dernière partie du film que ce choix de narration déconnecte le spectateur du film, qui se demande pourquoi Oliver Stone a hésité sur la fin à choisir. Le réalisateur déconcerte parfois par ses choix de mise en scène, abusant trop du plan débullé où la caméra est inclinée pour faire passer un sentiment d’instabilité, lui faisant ainsi perdre toute sa pertinence.

Le fond du récit n’est pas non plus exempt de défaut. Après avoir fomenté différents moyens de récupérer leur moitié des mains de ses kidnappeurs, offrant au passage une scène de braquage palpitante, Ben & Chon arrivent à se hisser au même niveau que la Reine Rouge révélant au passage une incohérence dans l’histoire. Malgré un jeu égal, la baronne de la drogue, Salma Hayek perd tous ses moyens et expose sa sensibilité dans une scène sans artifice qui déconcerte quelque peu, venant d’une femme aussi impitoyable que la Reine Rouge dont la sauvagerie au travers des mots et des analogies félines ont rythmé plus de la moitié du film.




Le réalisateur déconcerte parfois par ses choix de mise en scène et semble hésiter sur la fin à adopter.


Heureusement, les personnages masculins viennent atténuer les défauts de deux femmes du film. La camaraderie entre Ben & Chon mais surtout le charisme et l’humanité d’Aaron Johnson, qui a bien grandit depuis Kick-Ass, permettent au spectateur de se repérer dans un monde sans pitié où les sourires ultra bright californiens sont troqués pour les rictus menaçant d’un Benico Del Toro toujours au top. On s’amuse à retrouver un Travolta maltraité par Oliver Stone qui lance au travers de son personnage quelques piques contre le système, éléments essentiels de son cinéma. Il dénonce ainsi, et ce sans lourdeur, la corruption des forces de l’ordre dans la région et le manque de respect du gouvernement envers les indiens d’Amérique, n’hésitant pas à violer leur territoire : « Techniquement, on n’est pas chez nous… Mais comme vous le savez, on l’est quand même. ».

Oliver Stone revient avec une histoire déjantée avec laquelle il prouve son éternelle jeunesse malgré ses soixante-six ans et montre qu’il a toujours envie de raconter des histoires. Espérons seulement que ses prochains films seront mieux maîtrisés.

Note : ★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

Bande annonce de « Savages »

Savages (2012)
Réalisé par : Oliver Stone
Ecrit par : Oliver Stone, Don Winslow, Shane Salerno
D'après l'oeuvre de : Don Winslow
Produit par : Moritz Borman et Eric Kopeloff
Avec : Aaron Johnson, Taylor Kitsch, Blake Lively, Benicio del Toro, Salma Hayek, Emile Hirsch et John Travolta.
Directeur de la Photographie : Daniel Mindel
Montage : Joe Hutshing, Stuart Levy et Alex Marquez
Durée : 2h10
Budget : 45,000,000 $
Box Office : 63,223,100 $
USA : 47,323,100 $ (exploitation en cours)
France : 216 000 entrées (exploitation en cours)

03/10/2012

Paris vu par Hollywood - "Bonjour Paris !" - Exposition

Du 18 septembre au 15 décembre, l'Hôtel de Ville de Paris propose une exposition sur la vision que porte la mecque du cinéma sur la Ville Lumière.

« Il y a le Paris-Paramount, le Paris-MGM, et le Paris en France. Le Paris-Paramount est le plus parisien des trois ! » Ernest Lubitsch

Paname est la ville étrangère la plus représentée dans le cinéma américain. En effet, plus de 800 productions du pays de l'oncle Sam ont eu pour toile de fond notre belle capitale. Moquée ou admirée, bien souvent fantasmée, Paris a, pour Hollywood, autant de visages qu'elle a d'arrondissements.

Ce sont ces visages que la Mairie de Paris présente aux Parisiens le temps d'une exposition. Depuis la naissance du cinéma, Hollywood lui en a fait voir de toutes les couleurs et ce, au sens propre comme au figuré. Du noir et blanc du cinéma muet et des comédies d'Ernest Lubitsch aux couleurs éclatantes des comédies musicales de Vincente Minnelli et des Aristochats, Paris a toujours été une source d'inspiration pour les cinéastes américains et ce, particulièrement pendant l'âge d'or d'Hollywood allant des années 30 à la fin des années 50.

Après l'avoir dépeint comme une ville tantôt sophistiquée, tantôt populaire, une nouvelle vision de Paris a été récemment portée à l'écran. En effet, depuis les années 2000, quand les réalisateurs filment Paname ce n'est plus vraiment pour célébrer la beauté de ses monuments mais bien souvent pour les réduire à néant comme l'illustre une séquence du film G.I Joe - Le réveil du cobra (2009). Dans cette dernière, la Tour Eiffel connaît le même sort que les tours du World Trade Center, retour de manivelle des américans, reprochant en filigrane la position française sur le conflit irakien. Cependant, de nombreux hommages sont toujours adressés à Paris comme en témoignent les récents Ratatouille et Midnight in Paris.















Riche en contenu, l'exposition nous fait entrer dans un tout autre Paris qui nous ravira autant que l'original.

Sur un écran de ving mètres de long est projeté une multitude d'extraits de films : autant de fantasmes que les américains ont de notre capitale. Des films proposés, les comédies musicales et l'utopie qui s'en dégage, sont les plus amusants. Les couleurs plus vraies que nature des productions MGM et les visages de Gene Kelly, Audrey Hepburn ou Fred Astaire, resteront imprimés sur la rétine des visiteurs dont bon nombre d'entre eux sera tenté de découvrir ou rédécouvrir ses joyaux du cinéma américain.

Proposant une multitude de documents et d'accessoires, allant des photos de tournages aux costumes d'Audrey Hepburn en passant par des statues du film Hugo Cabret de Martin Scorsese, l'exposition nous fait entrer dans un tout autre Paris qui nous ravira autant que l'original.

Hôtel de Ville de Paris - Salle Saint-Jean
5 rue Lobau 75004 Paris
Du 18 septembre au 15 décembre 2012
Ouvert tous les jours sauf dimanches et jours fériés de 10h à 19h
Entrée gratuite

Métro :
Ligne(s) 1,11 - Hôtel de Ville
Ligne(s) 1,4,7,11,14 - Châtelet
Ligne 4 - Saint-Michel - Notre-Dame / Cité

23/09/2012

The Avengers (2012) - ★★★★★★★☆☆☆ 6/10

Les fans l’attendaient depuis la scène post-générique d’Iron Man en 2008, cette année la réunion des super-héros leur est enfin offerte. Marvel achève ainsi un rêve vieux de quatre ans : réunir ses héros dans un ultime film. Le résultat, un film de genre efficace mais quelque peu décevant.

Lorsque Nick Fury, le directeur du S.H.I.E.L.D, l’organisation qui préserve la paix au plan mondial, cherche à former une équipe de choc pour empêcher la destruction du monde, Iron Man, Hulk, Thor, Captain America, Hawkeye et Black Widow répondent présents.
Les Avengers ont beau constituer la plus fantastique des équipes, il leur reste encore à apprendre à travailler ensemble, et non les uns contre les autres, d’autant que le redoutable Loki a réussi à mettre la main sur le Cube Cosmique et à son pouvoir illimité…




















Si le film fonctionne, c’est au final grâce à son humour décontracté dont le Tony Stark de Robert Downey Jr. est le parfait ambassadeur.

Depuis quatre ans, les frontons de cinéma sont régulièrement squattés par les films de l’écurie Marvel. Après la popularité confirmée du colérique homme vert dans l’Incroyable Hulk en 2008, le studio connait un succès dépassant ses attentes les plus optimistes avec Iron Man, considéré par beaucoup comme un personnage appartenant à la catégorie des seconds couteaux. Dès cette époque, The Avengers est dans la tête des exécutifs Marvel mais ils doivent d’abord présenter au public d’autres de leurs héros moins connus pour concrétiser ce qu’ils voulaient être l’ultime film de super-héros. Après avoir confirmé le nouvel aura du milliardaire play-boy Tony Stark avec Iron Man 2, Marvel Studios dévoile les premières aventures de leur Mighty Thor. Quelques mois plus tard, c’est le plus patriote des super-héros qui débarque sur nos écrans : Captain America dont le caractère made in USA ne gênera que très peu ses performances au box-office mondial.
Il est désormais l'heure d'amorcer «L’Initiative Avengers ».

Le film reprend la structure de blockbuster popularisée par le duo Simpson-Bruckheimer dans les années 80 avec Top Gun, à savoir un premier acte où les héros prouvent leurs caractères exceptionnels, un deuxième où leur arrogance cause momentanément leur chute avant un ultime acte dans lequel, après avoir tiré des leçons de leurs expériences passées, ils affrontent brillamment l’obstacle qui se dresse sur leur route.

Cependant, à la sortie du film, nous ne retenons que deux actes. C’est ce dont souffre le film au final: une structure en vérité binaire. Après une éternité passée sur le porte avion volant, le spectateur peut enfin assister à ce qui l’a fait acheter son ticket : un combat collectif contre une menace bien trop grande pour la simple race humaine. Le film est en effet moins spectaculaire que prévu car à part la destruction, réussie il faut l'avouer, de New York, le public a bien du mal à se souvenir d’autres moments palpitants du film.

















 Le film souffre d'une structure binaire. Après une éternité passée sur le porte avion volant, le spectateur peut enfin assister à ce qui l’a fait acheter son ticket : un combat collectif contre une menace bien trop grande pour la simple race humaine.

Malgré ses défauts, le film reste cependant jouissif par bien des aspects. Des références cool à la pop culture et à l’univers de chacun des héros égayent cette nouvelle super production Marvel. Si le film fonctionne, c’est au final grâce à son humour décontracté dont le Tony Stark de Robert Downey Jr. est le parfait ambassadeur. La personnalité exubérante mais cependant séduisante du milliardaire Stark, c’est ce qui a fait le succès des films de l’homme d’acier et Marvel le sait. Son arrogance nous ravie et sa flegme nous séduit. Captain America nous offrira quelques sourires, droit comme un « i » dans un monde où il est en décalage. Cependant, le scénariste-réalisateur Joss Whedon abuse par moment un peu trop du comique et c’est principalement Loki qui en pâtit. Complètement oublié dans le dernier acte, hormis un combat avec son demi-frère, lorsqu’il apparaît c’est pour être agité comme un vulgaire hochet par Hulk. Pourtant au départ plus menaçant que dans Thor, Loki finit ici de se faire ridiculiser, révélant ainsi un autre défaut majeur du film : un méchant qui n’est pas de taille face à une équipe de super-héros cinq étoiles.

La menace du film, ce n’est en réalité pas lui mais plutôt l’armée gigantesque d’aliens, les Chitauri. Si l’on croit un moment que les Vengeurs sont bel et bien dans le pétrin, les extra-terrestres souffrent d’un piètre chef de guerre envoyant leur armée au compte-goutte. L’habit ne fait pas le moine, malgré leur taille immense et leur résistance aux lasers d’Iron Man, un coup de poing de Hulk cause la perte des vaisseaux ennemis, mais après tout ce n’est pas grave car Bruce Banner nous gratifie d’une punchline jouissive avant sa métamorphose : « That’s my secret… I’m always angry ! ». On regrettera aussi la défaite adverse dérangeante qui rappelle étrangement celle plus justifiée des soldats de Star Wars – Episode 1.





Le réalisateur signe un film à grand spectacle dans le haut du panier des productions hollywoodiennes actuelles, parvenant à toujours nous faire apprécier les ficelles, pourtant un peu éculées, des blockbusters américains.

On ajoutera à la colonne des reproches l’acte de bravoure inévitable, téléphoné depuis le deuxième acte, d’un de nos héros en costume. Au final, le résultat est positif pour les Avengers et cela grâce à une bataille époustouflante dans les rues de New York dans laquelle le réalisateur nous offre des moments de camaraderies cool et exaltants. Il prouve également ses talents de technicien dans un plan séquence brillant où chaque super-héros expose ses talents de combattant. Au final, le scénariste-réalisateur Joss Whedon fait le job, livre un film à grand spectacle dans le haut du panier dans des productions hollywoodiennes actuelles, parvenant à toujours nous faire apprécier les ficelles, pourtant un peu éculées, des blockbusters américains.

L’affrontement ultime de l’année 2012 dans les salles était celui opposant The Avengers face au dernier volet des aventures du Chevalier Noir : The Dark Knight Rises. Marvel malgré un projet pharaonique et les difficultés qu’un film choral pouvait laisser présager réussit humblement pendant que l’ultime volet du Caped Crusader se perdait dans une ambition qui lui a malheuresement échappé. La dernière séquence parfaitement maîtrisé du film, portée par le crescendo musical de l’hymne des Avengers nous fixe un nouveau rendez-vous (en mai 2015) pour une nouvelle aventure de ce best of Marvel, s’annonçant comme le nouveau film le plus attendu de la décennie par le grand public depuis que Batman a momentanément rangé son costume.

Note : ★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

Bande annonce de « The Avengers »

The Avengers (2012)
Ecrit & Réalisé par : Joss Whedon
Produit par : Kevin Feige
Avec : Robert Downey Jr, Chris Hemsworth, Chris Evans, Jeremy Renner, Mark Ruffalo, Scarlett Johansson, Samuel L. Jackson et Tom Hiddleston.
Durée : 2h20
Budget : 220,000,000 $
Box Office : 1,510,821,842 $
USA : 622,421,842 $
France : 4,377,648 entrées

18/09/2012

The Departed (Les Infiltrés - 2006) - ★★★★★★★★★☆ 8.5/10

Avec Les Infiltrés, regroupant un casting cinq étoiles, Martin Scorsese signe un polar intense et remporte enfin l'Oscar du meilleur réalisateur.

A Boston, une lutte sans merci oppose la police à la pègre irlandaise.
Pour mettre fin au règne du parrain Frank Costello, la police infiltre son gang avec "un bleu" issu des bas quartiers, Billy Costigan. Tandis que Billy s'efforce de gagner la confiance du malfrat vieillissant, Colin Sullivan entre dans la police au sein de l'Unité des Enquêtes Spéciales, chargée d'éliminer Costello. Mais Colin fonctionne en "sous-marin" et informe Costello des opérations qui se trament contre lui. Risquant à tout moment d'être démasqués, Billy et Colin sont contraints de mener une double vie qui leur fait perdre leurs repères et leur identité. Traquenards et contre-offensives s'enchaînent jusqu'au jour où chaque camp réalise qu'il héberge une taupe. Une course contre la montre s'engage entre les deux hommes avec un seul objectif : découvrir l'identité de l'autre sous peine d'y laisser sa peau...





Le titre original The Departed, littéralement « les Défunts », informe d’emblée le spectateur que les protagonistes sont tous d’ores et déjà condamnés.

Malgré les années et la renommée, Martin Scorsese enchaine les films avec autant de régularité que dans sa jeunesse et ce, pour notre plus grand plaisir. En 2006, le réalisateur des Affranchis revient avec un film policier, remake américain du film hongkongais Interfal Affairs. A nouveau, Scorsese distribue le premier rôle à son nouvel acteur fétiche, Leonardo DiCaprio, qui l’oppose à un monstre sacré : Jack Nicholson. Viennent s’ajouter Matt Damon, Mark Whalberg, Martin Sheen et Alec Baldwin, complétant un casting cinq étoiles pour donner vie à cette histoire de trahison et de double-jeu propre à la filmographie scorsesienne.
Le titre français Les Infiltrés, semblant vouloir nous remémorer Les Affranchis, affaiblit le titre original The Departed, littéralement « les Défunts », informant d’emblée le spectateur que les protagonistes sont tous d’ores et déjà condamnés.

Le film s’ouvre sur un monologue envoûtant de Jack Nicholson, alias Frank Costello, le chef de la pègre de Boston, dont nous retrouvons la folie effrayante, qui tord la morale à sa convenance devant un jeune influençable, Matt Damon, qui dans la scène suivante passe l’examen d’entrée dans la police de Boston pour lui. Au même moment, DiCaprio passe l’épreuve, mais des deux, il est le plus mal loti, comme le confirme la scène suivante où les deux hommes passent successivement une entrevue. La sienne, plus frontale, nous présente un homme abîmé, comme les aime Scorsese, destiné à en baver. Chargé d’intégrer la mafia irlandaise de la ville, sa mission viendra ajouter de nouvelles blessures à une existence déjà bien meurtrie.


Leonardo Dicaprio atteint un nouveau palier dans son travail d’acteur, proposant un jeu d'une intensité remarquable.

Les Infiltrés met en scène la montée parallèle de deux taupes atteignant le sommet dans leur monde respectif. Le spectateur ne pourra n’en suivre qu’un seul et son choix se portera naturellement sur un DiCaprio qui compose un nouveau portrait d’homme blessé. Depuis Gangs of New York, l’acteur est bel et bien devenu adulte et son jeu a gagné en maturité. Comme le confiera Scorsese, Leonardo Dicaprio atteint un nouveau palier dans son travail d’acteur. A ce jour, sa performance est pour moi la plus touchante. L’intensité de son jeu est remarquable. La mâchoire crispée, regardant toujours par-dessus son épaule, il évolue dans un univers effrayant. Son regard, tantôt terrifié, tantôt dans l’expectative, est toujours vif pour éviter une élimination sommaire dans un monde où la vie ne tient qu’à un coup de fil. Son périple dans les bas-fonds de Boston est d’autant plus douloureux qu’il tranche clairement avec la vie dorée du personnage de Matt Damon, rythmée par les promotions et les diners dans les restaurants gastronomiques. Ce dernier saura parfaitement retranscrire, par la sobriété de son jeu, la froideur manipulatrice de son personnage pendant une bonne partie de film avant de rejoindre, comme beaucoup d'autres, la liste des trahis.

Etonnement, DiCaprio ne recevra pas de double nomination à l'Oscar, l’Académie optant pour le nommer seulement sur Blood Diamond sans pour autant lui offrir la précieuse statuette.

L’autre performance magistrale du film est celle de Nicholson en parrain Irlandais, personnage auquel l’acteur ajoute sa touche de folie personnelle en évitant le cabotinage, composant une de ses meilleures prestations.



Les talents de conteur hors-pair de Scorsese font de lui un des seuls cinéastes américains à être constamment au sommet de son art.

Vingt-cinq ans après sa première nomination, Scorsese remporte enfin l'Academy Award du meilleur réalisateur aux allures cependant d'Oscar d'honneur. Après tant d’années, les fans du cinéaste mais aussi de cinéma sont aux anges, tout comme l’assistance qui lui offre une véritable ovation. Dans les applaudissements, l’homme est accueilli sur scène par ses amis réalisateurs : Steven Spielberg, Francis Coppola et Georges Lucas qui lui remettent la statuette dorée. La scène est inoubliable pour tout cinéphile, assistant ici à une réunion des derniers monstres sacrés d'Hollywood, ayant bouleversé à jamais le cinéma dès 1972. Le film remportera au final quatre Oscars dans une édition 2007 un peu faiblarde. Cette reconnaissance de l’Académie ne comblera cependant jamais l’amertume des fans qui l’aurait voulu voir récompenser son sombre Taxi Driver, son travail esthétique sur Raging Bull, l’authenticité de ses Affranchis ou la virtuosité de son Casino.

Ne ruminons pas nos regrets et célébrons la reconnaissance d’un nouveau travail de mise en scène excellent. Les Infiltrés est un film purement Scorsesien. Il l’est par son fond : les thèmes de prédilection du réalisateur sont présents  (trahison, quête de soi, personnages meurtris). Il l’est aussi par sa forme : la caméra virevolte avec élégance sur les chansons des Rolling Stones que Scorsese affectionne depuis plus de 30 ans. Le cinéphile en lui joue avec l’héritage des films de gangsters américains, parsemant dans l’ensemble du long métrage des croix dans le décor annonçant le destin funeste des personnages à la manière du Scarface de 1932.

La monteuse Thelma Schoonmaker, fidèle du réalisateur, est récompensée pour la troisième fois par un Oscar. Pendant deux heures, le récit de Scorsese est parfait par un montage maîtrisé à une époque où la mode est à l’épileptique. Mais le réalisateur décide d'allonger son film d'une demi-heure par rapport au film original. Malheureusement, cette dernière partie est le vrai défaut du film. En effet, le spectateur se perd dans des rembondissements vains dans lesquels les personnages agissent parfois contre toute logique.
 

Par sa direction d’acteurs, Scorsese les positionne à chaque fois en candidats sérieux aux récompenses. Avec les Infiltrés, il offre un Oscar de second rôle à Mark Walhberg qui suit ainsi les traces de Joe Pesci et De Niro quand il ne permet pas aux autres d’ajouter des Golden Globes sur leur cheminée.

En six ans, Martin Scorsese enchaîne trois films fleuves de plus de deux heures et demies sans jamais nous laisser sur le bord de la route. Ses talents de conteur hors-pair font de lui un des seuls cinéastes américains à être constamment au sommet de son art.

Note : ★★★★★★★★★☆ 8.5/10

Bande-annonce de "Les Infiltrés"


The Departed  (2006)

Réalisé par : Martin Scorsese
Ecrit par : William Monahan
Produit par : Graham King, Brad Pitt, Martin Scorsese
Avec : Leonardo DiCaprio, Matt Damon, Jack Nicholson et Mark Wahlberg
Directeur de la Photographie : Michael Ballhaus

Montage : Thelma Schoonmaker
Musique : Howard Shore
Durée : 2h30

Budget : 90,000,000 $
Box Office : 289,847,354
USA : 132,384,315 $
France : 1,888,737 entrées