Les fans
l’attendaient depuis la scène post-générique d’Iron Man en 2008,
cette année la réunion des super-héros leur est enfin offerte.
Marvel achève ainsi un rêve vieux de quatre ans : réunir ses
héros dans un ultime film. Le résultat, un film de genre efficace
mais quelque peu décevant.
Lorsque Nick Fury, le directeur du
S.H.I.E.L.D, l’organisation qui préserve la paix au plan mondial,
cherche à former une équipe de choc pour empêcher la destruction
du monde, Iron Man, Hulk, Thor, Captain America, Hawkeye et Black
Widow répondent présents.
Les Avengers ont beau constituer la
plus fantastique des équipes, il leur reste encore à apprendre à
travailler ensemble, et non les uns contre les autres, d’autant que
le redoutable Loki a réussi à mettre la main sur le Cube Cosmique
et à son pouvoir illimité…
Si le film fonctionne, c’est au final grâce à son humour décontracté dont le Tony Stark de Robert Downey Jr. est le parfait ambassadeur.
Depuis quatre ans, les frontons
de cinéma sont régulièrement squattés par les films de l’écurie
Marvel. Après la popularité confirmée du colérique homme vert
dans l’Incroyable Hulk en 2008, le studio connait un succès
dépassant ses attentes les plus optimistes avec Iron Man,
considéré par beaucoup comme un personnage appartenant à la
catégorie des seconds couteaux. Dès cette époque, The Avengers est
dans la tête des exécutifs Marvel mais ils doivent d’abord
présenter au public d’autres de leurs héros moins connus pour
concrétiser ce qu’ils voulaient être l’ultime film de
super-héros. Après avoir confirmé le nouvel aura du milliardaire
play-boy Tony Stark avec Iron Man 2, Marvel Studios dévoile les premières
aventures de leur Mighty Thor. Quelques mois plus tard, c’est le
plus patriote des super-héros qui débarque sur nos écrans :
Captain America dont le caractère made in USA ne gênera que très
peu ses performances au box-office mondial.
Il est désormais l'heure
d'amorcer «L’Initiative Avengers ».
Le film reprend la
structure de blockbuster popularisée par le duo Simpson-Bruckheimer dans les années
80 avec Top Gun, à savoir un premier acte où les héros prouvent leurs caractères
exceptionnels, un deuxième où leur arrogance cause momentanément
leur chute avant un ultime acte dans lequel, après avoir tiré des leçons
de leurs expériences passées, ils affrontent brillamment l’obstacle qui se dresse sur leur
route.
Cependant, à la sortie du film, nous ne retenons que
deux actes. C’est ce dont souffre le film au final: une structure en vérité
binaire. Après une éternité passée sur le porte avion volant, le
spectateur peut enfin assister à ce qui l’a fait acheter son
ticket : un combat collectif contre une menace bien trop grande
pour la simple race humaine. Le film est en effet moins spectaculaire
que prévu car à part la destruction, réussie il faut l'avouer,
de New York, le public a bien du mal à se souvenir d’autres
moments palpitants du film.
Le film souffre d'une structure binaire. Après une éternité passée sur le porte avion volant, le spectateur peut enfin assister à ce qui l’a fait acheter son ticket : un combat collectif contre une menace bien trop grande pour la simple race humaine.
Malgré ses défauts, le film
reste cependant jouissif par bien des aspects. Des références cool
à la pop culture et à l’univers de chacun des héros égayent
cette nouvelle super production Marvel. Si le film fonctionne, c’est
au final grâce à son humour décontracté dont le Tony Stark de
Robert Downey Jr. est le parfait ambassadeur. La personnalité
exubérante mais cependant séduisante du milliardaire Stark, c’est
ce qui a fait le succès des films de l’homme d’acier et
Marvel le sait. Son arrogance nous ravie et sa flegme nous séduit.
Captain America nous offrira quelques sourires, droit comme un « i »
dans un monde où il est en décalage. Cependant, le
scénariste-réalisateur Joss Whedon abuse par moment un peu trop du
comique et c’est principalement Loki qui en pâtit. Complètement
oublié dans le dernier acte, hormis un combat avec son demi-frère,
lorsqu’il apparaît c’est pour être agité comme un vulgaire
hochet par Hulk. Pourtant au départ plus menaçant que dans Thor,
Loki finit ici de se faire ridiculiser, révélant ainsi un autre défaut
majeur du film : un méchant qui n’est pas de taille face à
une équipe de super-héros cinq étoiles.
La menace du film,
ce n’est en réalité pas lui mais plutôt l’armée gigantesque
d’aliens, les Chitauri. Si l’on croit un moment que les Vengeurs
sont bel et bien dans le pétrin, les extra-terrestres souffrent d’un
piètre chef de guerre envoyant leur armée au compte-goutte. L’habit
ne fait pas le moine, malgré leur taille immense et leur résistance
aux lasers d’Iron Man, un coup de poing de Hulk cause la perte des
vaisseaux ennemis, mais après tout ce n’est pas grave car Bruce
Banner nous gratifie d’une punchline jouissive avant sa
métamorphose : « That’s my secret… I’m always
angry ! ». On regrettera aussi la défaite adverse
dérangeante qui rappelle étrangement celle plus justifiée des
soldats de Star Wars – Episode 1.
Le réalisateur signe un film à grand spectacle dans le haut du panier des productions hollywoodiennes actuelles, parvenant à toujours nous faire apprécier les ficelles, pourtant un peu éculées, des blockbusters américains.
On ajoutera à la colonne
des reproches l’acte de bravoure inévitable, téléphoné depuis
le deuxième acte, d’un de nos héros en costume. Au final, le résultat est
positif pour les Avengers et cela grâce à une bataille
époustouflante dans les rues de New York dans laquelle le
réalisateur nous offre des moments de camaraderies cool et exaltants.
Il prouve également ses talents de technicien dans un plan séquence
brillant où chaque super-héros expose ses talents de combattant. Au
final, le scénariste-réalisateur Joss Whedon fait le job, livre
un film à grand spectacle dans le haut du panier dans des
productions hollywoodiennes actuelles, parvenant à toujours nous faire
apprécier les ficelles, pourtant un peu éculées, des blockbusters
américains.
L’affrontement ultime de l’année 2012 dans
les salles était celui opposant The Avengers face au dernier volet
des aventures du Chevalier Noir : The Dark Knight Rises. Marvel
malgré un projet pharaonique et les difficultés qu’un film choral
pouvait laisser présager réussit humblement pendant que l’ultime
volet du Caped Crusader se perdait dans une ambition qui lui a
malheuresement échappé. La dernière séquence parfaitement
maîtrisé du film, portée par le crescendo musical de l’hymne des
Avengers nous fixe un nouveau rendez-vous (en mai 2015) pour une
nouvelle aventure de ce best of Marvel, s’annonçant comme le
nouveau film le plus attendu de la décennie par le grand public depuis que Batman a
momentanément rangé son costume.
Note : ★★★★★★☆☆☆☆ 6/10
Bande annonce de « The Avengers »
The Avengers (2012)
Ecrit &
Réalisé par : Joss Whedon
Produit par :
Kevin Feige
Avec : Robert Downey Jr, Chris Hemsworth,
Chris Evans, Jeremy Renner, Mark Ruffalo, Scarlett Johansson, Samuel
L. Jackson et Tom Hiddleston.
Durée : 2h20
Budget :
220,000,000 $
Box Office :
1,510,821,842 $
USA : 622,421,842 $
France :
4,377,648 entrées
23/09/2012
The Avengers (2012) - ★★★★★★★☆☆☆ 6/10
Libellés :
Action,
Captain America,
Chris Evans,
Chris Hemsworth,
Hulk,
Iron Man,
Jeremy Renner,
Joss Whedon,
Mark Ruffalo,
Marvel,
Robert Downey Jr.,
Samuel L. Jackson,
Science Fiction,
Super Héros,
The Avengers,
Thor
18/09/2012
The Departed (Les Infiltrés - 2006) - ★★★★★★★★★☆ 8.5/10
Avec Les Infiltrés, regroupant un casting cinq étoiles, Martin Scorsese signe un polar intense et remporte enfin l'Oscar du meilleur réalisateur.
A Boston, une lutte sans merci oppose la police à la pègre irlandaise.
Pour mettre fin au règne du parrain Frank Costello, la police infiltre son gang avec "un bleu" issu des bas quartiers, Billy Costigan. Tandis que Billy s'efforce de gagner la confiance du malfrat vieillissant, Colin Sullivan entre dans la police au sein de l'Unité des Enquêtes Spéciales, chargée d'éliminer Costello. Mais Colin fonctionne en "sous-marin" et informe Costello des opérations qui se trament contre lui. Risquant à tout moment d'être démasqués, Billy et Colin sont contraints de mener une double vie qui leur fait perdre leurs repères et leur identité. Traquenards et contre-offensives s'enchaînent jusqu'au jour où chaque camp réalise qu'il héberge une taupe. Une course contre la montre s'engage entre les deux hommes avec un seul objectif : découvrir l'identité de l'autre sous peine d'y laisser sa peau...

Le titre original The Departed, littéralement « les Défunts », informe d’emblée le spectateur que les protagonistes sont tous d’ores et déjà condamnés.
Malgré les années et la renommée, Martin Scorsese enchaine les films avec autant de régularité que dans sa jeunesse et ce, pour notre plus grand plaisir. En 2006, le réalisateur des Affranchis revient avec un film policier, remake américain du film hongkongais Interfal Affairs. A nouveau, Scorsese distribue le premier rôle à son nouvel acteur fétiche, Leonardo DiCaprio, qui l’oppose à un monstre sacré : Jack Nicholson. Viennent s’ajouter Matt Damon, Mark Whalberg, Martin Sheen et Alec Baldwin, complétant un casting cinq étoiles pour donner vie à cette histoire de trahison et de double-jeu propre à la filmographie scorsesienne.
Le titre français Les Infiltrés, semblant vouloir nous remémorer Les Affranchis, affaiblit le titre original The Departed, littéralement « les Défunts », informant d’emblée le spectateur que les protagonistes sont tous d’ores et déjà condamnés.
Le film s’ouvre sur un monologue envoûtant de Jack Nicholson, alias Frank Costello, le chef de la pègre de Boston, dont nous retrouvons la folie effrayante, qui tord la morale à sa convenance devant un jeune influençable, Matt Damon, qui dans la scène suivante passe l’examen d’entrée dans la police de Boston pour lui. Au même moment, DiCaprio passe l’épreuve, mais des deux, il est le plus mal loti, comme le confirme la scène suivante où les deux hommes passent successivement une entrevue. La sienne, plus frontale, nous présente un homme abîmé, comme les aime Scorsese, destiné à en baver. Chargé d’intégrer la mafia irlandaise de la ville, sa mission viendra ajouter de nouvelles blessures à une existence déjà bien meurtrie.
Leonardo Dicaprio atteint un nouveau palier dans son travail d’acteur, proposant un jeu d'une intensité remarquable.
Les Infiltrés met en scène la montée parallèle de deux taupes atteignant le sommet dans leur monde respectif. Le spectateur ne pourra n’en suivre qu’un seul et son choix se portera naturellement sur un DiCaprio qui compose un nouveau portrait d’homme blessé. Depuis Gangs of New York, l’acteur est bel et bien devenu adulte et son jeu a gagné en maturité. Comme le confiera Scorsese, Leonardo Dicaprio atteint un nouveau palier dans son travail d’acteur. A ce jour, sa performance est pour moi la plus touchante. L’intensité de son jeu est remarquable. La mâchoire crispée, regardant toujours par-dessus son épaule, il évolue dans un univers effrayant. Son regard, tantôt terrifié, tantôt dans l’expectative, est toujours vif pour éviter une élimination sommaire dans un monde où la vie ne tient qu’à un coup de fil. Son périple dans les bas-fonds de Boston est d’autant plus douloureux qu’il tranche clairement avec la vie dorée du personnage de Matt Damon, rythmée par les promotions et les diners dans les restaurants gastronomiques. Ce dernier saura parfaitement retranscrire, par la sobriété de son jeu, la froideur manipulatrice de son personnage pendant une bonne partie de film avant de rejoindre, comme beaucoup d'autres, la liste des trahis.
Etonnement, DiCaprio ne recevra pas de double nomination à l'Oscar, l’Académie optant pour le nommer seulement sur Blood Diamond sans pour autant lui offrir la précieuse statuette.
L’autre performance magistrale du film est celle de Nicholson en parrain Irlandais, personnage auquel l’acteur ajoute sa touche de folie personnelle en évitant le cabotinage, composant une de ses meilleures prestations.
Les talents de conteur hors-pair de Scorsese font de lui un des seuls cinéastes américains à être constamment au sommet de son art.
Vingt-cinq ans après sa première nomination, Scorsese remporte enfin l'Academy Award du meilleur réalisateur aux allures cependant d'Oscar d'honneur. Après tant d’années, les fans du cinéaste mais aussi de cinéma sont aux anges, tout comme l’assistance qui lui offre une véritable ovation. Dans les applaudissements, l’homme est accueilli sur scène par ses amis réalisateurs : Steven Spielberg, Francis Coppola et Georges Lucas qui lui remettent la statuette dorée. La scène est inoubliable pour tout cinéphile, assistant ici à une réunion des derniers monstres sacrés d'Hollywood, ayant bouleversé à jamais le cinéma dès 1972. Le film remportera au final quatre Oscars dans une édition 2007 un peu faiblarde. Cette reconnaissance de l’Académie ne comblera cependant jamais l’amertume des fans qui l’aurait voulu voir récompenser son sombre Taxi Driver, son travail esthétique sur Raging Bull, l’authenticité de ses Affranchis ou la virtuosité de son Casino.
Ne ruminons pas nos regrets et célébrons la reconnaissance d’un nouveau travail de mise en scène excellent. Les Infiltrés est un film purement Scorsesien. Il l’est par son fond : les thèmes de prédilection du réalisateur sont présents (trahison, quête de soi, personnages meurtris). Il l’est aussi par sa forme : la caméra virevolte avec élégance sur les chansons des Rolling Stones que Scorsese affectionne depuis plus de 30 ans. Le cinéphile en lui joue avec l’héritage des films de gangsters américains, parsemant dans l’ensemble du long métrage des croix dans le décor annonçant le destin funeste des personnages à la manière du Scarface de 1932.
La monteuse Thelma Schoonmaker, fidèle du réalisateur, est récompensée pour la troisième fois par un Oscar. Pendant deux heures, le récit de Scorsese est parfait par un montage maîtrisé à une époque où la mode est à l’épileptique. Mais le réalisateur décide d'allonger son film d'une demi-heure par rapport au film original. Malheureusement, cette dernière partie est le vrai défaut du film. En effet, le spectateur se perd dans des rembondissements vains dans lesquels les personnages agissent parfois contre toute logique.
Par sa direction d’acteurs, Scorsese les positionne à chaque fois en candidats sérieux aux récompenses. Avec les Infiltrés, il offre un Oscar de second rôle à Mark Walhberg qui suit ainsi les traces de Joe Pesci et De Niro quand il ne permet pas aux autres d’ajouter des Golden Globes sur leur cheminée.
En six ans, Martin Scorsese enchaîne trois films fleuves de plus de deux heures et demies sans jamais nous laisser sur le bord de la route. Ses talents de conteur hors-pair font de lui un des seuls cinéastes américains à être constamment au sommet de son art.
Note : ★★★★★★★★★☆ 8.5/10
Bande-annonce de "Les Infiltrés"
The Departed (2006)
Réalisé par : Martin Scorsese
Ecrit par : William Monahan
Produit par : Graham King, Brad Pitt, Martin Scorsese
Avec : Leonardo DiCaprio, Matt Damon, Jack Nicholson et Mark Wahlberg
Directeur de la Photographie : Michael Ballhaus
Montage : Thelma Schoonmaker
Musique : Howard Shore
Durée : 2h30
Budget : 90,000,000 $
Box Office : 289,847,354
USA : 132,384,315 $
France : 1,888,737 entrées
A Boston, une lutte sans merci oppose la police à la pègre irlandaise.
Pour mettre fin au règne du parrain Frank Costello, la police infiltre son gang avec "un bleu" issu des bas quartiers, Billy Costigan. Tandis que Billy s'efforce de gagner la confiance du malfrat vieillissant, Colin Sullivan entre dans la police au sein de l'Unité des Enquêtes Spéciales, chargée d'éliminer Costello. Mais Colin fonctionne en "sous-marin" et informe Costello des opérations qui se trament contre lui. Risquant à tout moment d'être démasqués, Billy et Colin sont contraints de mener une double vie qui leur fait perdre leurs repères et leur identité. Traquenards et contre-offensives s'enchaînent jusqu'au jour où chaque camp réalise qu'il héberge une taupe. Une course contre la montre s'engage entre les deux hommes avec un seul objectif : découvrir l'identité de l'autre sous peine d'y laisser sa peau...

Le titre original The Departed, littéralement « les Défunts », informe d’emblée le spectateur que les protagonistes sont tous d’ores et déjà condamnés.
Malgré les années et la renommée, Martin Scorsese enchaine les films avec autant de régularité que dans sa jeunesse et ce, pour notre plus grand plaisir. En 2006, le réalisateur des Affranchis revient avec un film policier, remake américain du film hongkongais Interfal Affairs. A nouveau, Scorsese distribue le premier rôle à son nouvel acteur fétiche, Leonardo DiCaprio, qui l’oppose à un monstre sacré : Jack Nicholson. Viennent s’ajouter Matt Damon, Mark Whalberg, Martin Sheen et Alec Baldwin, complétant un casting cinq étoiles pour donner vie à cette histoire de trahison et de double-jeu propre à la filmographie scorsesienne.
Le titre français Les Infiltrés, semblant vouloir nous remémorer Les Affranchis, affaiblit le titre original The Departed, littéralement « les Défunts », informant d’emblée le spectateur que les protagonistes sont tous d’ores et déjà condamnés.
Le film s’ouvre sur un monologue envoûtant de Jack Nicholson, alias Frank Costello, le chef de la pègre de Boston, dont nous retrouvons la folie effrayante, qui tord la morale à sa convenance devant un jeune influençable, Matt Damon, qui dans la scène suivante passe l’examen d’entrée dans la police de Boston pour lui. Au même moment, DiCaprio passe l’épreuve, mais des deux, il est le plus mal loti, comme le confirme la scène suivante où les deux hommes passent successivement une entrevue. La sienne, plus frontale, nous présente un homme abîmé, comme les aime Scorsese, destiné à en baver. Chargé d’intégrer la mafia irlandaise de la ville, sa mission viendra ajouter de nouvelles blessures à une existence déjà bien meurtrie.
Leonardo Dicaprio atteint un nouveau palier dans son travail d’acteur, proposant un jeu d'une intensité remarquable.
Les Infiltrés met en scène la montée parallèle de deux taupes atteignant le sommet dans leur monde respectif. Le spectateur ne pourra n’en suivre qu’un seul et son choix se portera naturellement sur un DiCaprio qui compose un nouveau portrait d’homme blessé. Depuis Gangs of New York, l’acteur est bel et bien devenu adulte et son jeu a gagné en maturité. Comme le confiera Scorsese, Leonardo Dicaprio atteint un nouveau palier dans son travail d’acteur. A ce jour, sa performance est pour moi la plus touchante. L’intensité de son jeu est remarquable. La mâchoire crispée, regardant toujours par-dessus son épaule, il évolue dans un univers effrayant. Son regard, tantôt terrifié, tantôt dans l’expectative, est toujours vif pour éviter une élimination sommaire dans un monde où la vie ne tient qu’à un coup de fil. Son périple dans les bas-fonds de Boston est d’autant plus douloureux qu’il tranche clairement avec la vie dorée du personnage de Matt Damon, rythmée par les promotions et les diners dans les restaurants gastronomiques. Ce dernier saura parfaitement retranscrire, par la sobriété de son jeu, la froideur manipulatrice de son personnage pendant une bonne partie de film avant de rejoindre, comme beaucoup d'autres, la liste des trahis.
Etonnement, DiCaprio ne recevra pas de double nomination à l'Oscar, l’Académie optant pour le nommer seulement sur Blood Diamond sans pour autant lui offrir la précieuse statuette.
L’autre performance magistrale du film est celle de Nicholson en parrain Irlandais, personnage auquel l’acteur ajoute sa touche de folie personnelle en évitant le cabotinage, composant une de ses meilleures prestations.
Les talents de conteur hors-pair de Scorsese font de lui un des seuls cinéastes américains à être constamment au sommet de son art.
Vingt-cinq ans après sa première nomination, Scorsese remporte enfin l'Academy Award du meilleur réalisateur aux allures cependant d'Oscar d'honneur. Après tant d’années, les fans du cinéaste mais aussi de cinéma sont aux anges, tout comme l’assistance qui lui offre une véritable ovation. Dans les applaudissements, l’homme est accueilli sur scène par ses amis réalisateurs : Steven Spielberg, Francis Coppola et Georges Lucas qui lui remettent la statuette dorée. La scène est inoubliable pour tout cinéphile, assistant ici à une réunion des derniers monstres sacrés d'Hollywood, ayant bouleversé à jamais le cinéma dès 1972. Le film remportera au final quatre Oscars dans une édition 2007 un peu faiblarde. Cette reconnaissance de l’Académie ne comblera cependant jamais l’amertume des fans qui l’aurait voulu voir récompenser son sombre Taxi Driver, son travail esthétique sur Raging Bull, l’authenticité de ses Affranchis ou la virtuosité de son Casino.
Ne ruminons pas nos regrets et célébrons la reconnaissance d’un nouveau travail de mise en scène excellent. Les Infiltrés est un film purement Scorsesien. Il l’est par son fond : les thèmes de prédilection du réalisateur sont présents (trahison, quête de soi, personnages meurtris). Il l’est aussi par sa forme : la caméra virevolte avec élégance sur les chansons des Rolling Stones que Scorsese affectionne depuis plus de 30 ans. Le cinéphile en lui joue avec l’héritage des films de gangsters américains, parsemant dans l’ensemble du long métrage des croix dans le décor annonçant le destin funeste des personnages à la manière du Scarface de 1932.
La monteuse Thelma Schoonmaker, fidèle du réalisateur, est récompensée pour la troisième fois par un Oscar. Pendant deux heures, le récit de Scorsese est parfait par un montage maîtrisé à une époque où la mode est à l’épileptique. Mais le réalisateur décide d'allonger son film d'une demi-heure par rapport au film original. Malheureusement, cette dernière partie est le vrai défaut du film. En effet, le spectateur se perd dans des rembondissements vains dans lesquels les personnages agissent parfois contre toute logique.
Par sa direction d’acteurs, Scorsese les positionne à chaque fois en candidats sérieux aux récompenses. Avec les Infiltrés, il offre un Oscar de second rôle à Mark Walhberg qui suit ainsi les traces de Joe Pesci et De Niro quand il ne permet pas aux autres d’ajouter des Golden Globes sur leur cheminée.
En six ans, Martin Scorsese enchaîne trois films fleuves de plus de deux heures et demies sans jamais nous laisser sur le bord de la route. Ses talents de conteur hors-pair font de lui un des seuls cinéastes américains à être constamment au sommet de son art.
Note : ★★★★★★★★★☆ 8.5/10
Bande-annonce de "Les Infiltrés"
The Departed (2006)
Réalisé par : Martin Scorsese
Ecrit par : William Monahan
Produit par : Graham King, Brad Pitt, Martin Scorsese
Avec : Leonardo DiCaprio, Matt Damon, Jack Nicholson et Mark Wahlberg
Directeur de la Photographie : Michael Ballhaus
Montage : Thelma Schoonmaker
Musique : Howard Shore
Durée : 2h30
Budget : 90,000,000 $
Box Office : 289,847,354
USA : 132,384,315 $
France : 1,888,737 entrées
The Aviator (2004) - ★★★★★★★★★☆ 9.5/10
Martin Scorsese réalise avec The Aviator un film de haut vol, fresque sur la vie
extraordinaire d’Howard Hugues portée par un Leonardo DiCaprio ayant gagné en
maturité.
Howard Hughes est un richissime homme d'affaires, passionné par les avions et le cinéma. Ambitieux et jouissant d’une fortune sans limite, il peut laisser libre cours à ses rêves. Il produit et réalise ainsi le film Les Anges de l'enfer dans lequel il investit des sommes colossales. Il devient rapidement une célébrité et entretient des relations tumultueuses avec les stars de cinéma de l'époque comme Katharine Hepburn et Ava Gardner. Avide de conquêtes, il engage un bras de fer avec la compagnie aérienne Pan Am, pour permettre à sa compagnie, la TWA, de pouvoir couvrir les lignes à l'international. Mais dans l'intimité, Howard Hughes souffre de multiples troubles obsessionnels compulsifs qui évoluent rapidement et le rongeront jusqu'à la fin de ses jours.
Leonardo DiCaprio livre une prestation parfaite, sachant aussi bien retranscrire les éclats de génie et les moments de joie de l’homme que ses crises de tics et ses dérives paranoïaques.
Depuis Gangs of New York, et sa fabrication mouvementée, Martin Scorsese a amorcé un nouveau tournant dans sa carrière. Son cinéma semble définitivement changer de dimension, tant par ses histoires que par les moyens dont il dispose pour les raconter. En somme, le réalisateur se dirige vers de nouveaux horizons, avec la même passion pour l’exploration que le protagoniste aérien de son nouveau film : The Aviator.
Après avoir longtemps peiné à trouver les financements pour ses projets, sacrifiant parfois son salaire sur l'autel de la passion pour son art, Martin Scorsese se voit accorder pour la deuxième fois en quatre ans un budget colossal de cent millions de dollars. Le réalisateur de Taxi Driver et les majors américaines semblent désormais s’accorder. Une aubaine pour le cinéaste fasciné depuis sa jeunesse par le studio system, déjà mort lors de son arrivée sur la planète cinéma à la fin des années 60, et qui semble désormais confortablement assis sur les collines d’Hollywood. Du studio system, où chaque studio était une usine à films en soi, apposant sa patte singulière aux long-métrages qui en sortaient, il en est question dans cette nouvelle production mettant en scène la vie extraordinaire de l’excentrique milliardaire, le premier de l’époque : Howard Hugues.
Mais comment dépeindre soixante-dix ans de la vie d’un homme de génie, véritable touche-à-tout ? En effet, Howard Hugues a laissé sa marque aussi bien dans le paysage cinématographique américain que dans l’immensité du ciel. Il a conquis aussi bien le désert du Nevada et sa cité du vice que les cœurs des plus belles actrices d’Hollywood. Tout raconter est impossible ; Clint Eastwood en a d'ailleurs récemment fait les frais avec son biopic qui ne fait que survoler l’existence non moins passionnante d’une autre figure de l’époque : J. Edgar Hoover. C’est pour cela que Scorsese choisit de se pencher sur une période précise de la vie de Hugues : celle plus optimiste allant de ses vingt ans jusqu’au début de sa quarantaine.
Obsessionnel, paranoïaque, tourmenté et malade, Hugues est aussi passionnant que sa vie et s’ajoute naturellement à la liste des personnages torturés du réalisateur de Raging Bull.
Martin Scorsese brosse le portrait d’une figure majeure de l’Amérique du XXème siècle dont l’existence légendaire, entre rumeurs et vérités, se réfère à celles des figures mythologiques de l’Antiquité. Riche comme Crésus, Howard Hugues peut tout se permettre, laissant plus souvent libre cours à ses passions qu’à ses caprices. Habité, cet homme est un conquérant des airs et de la terre, construisant son destin à coup de projets pharaoniques. Ainsi, il entreprend la production du plus grand avion jamais construit avec The Hercules dont le nom renvoie à nouveau à la volonté que son créateur a de se forger un destin exceptionnel.
Vivant la tête dans les étoiles, c’est tout naturellement qu’il se tourne vers Hollywood et son panel de stars qui fait rêver bon nombre de jeunes de l’époque. Souhaitant s’imposer dans la mecque du cinéma, il réalise ce qui deviendra le film le plus cher de l’époque : Hell’s Angels, avec lequel il souhaitait livrer le film d’aviation le plus spectaculaire jamais réalisé. Au cinéma aussi, la première passion de cet homme dicte ses choix.
Martin Scorsese évoque une autre dimension mythologique de la vie de Hugues, en convoquant une autre légende grecque : celle d’Icare. Enivré par les airs, seul espace où il se sentait en sécurité, Howard Hugues se brûla les ailes à de nombreuses reprises, échappant à chaque fois à la mort, cherchant sens cesse à battre des records dont il était parfois le détenteur. Défiant les limites de ses appareils, s’élevant trop dangereusement vers le soleil ou à trop grande vitesse vers l’horizon, son ambition démesurée lui causa bien des souffrances : les traumatismes crâniens et les brulures au troisième degré dont il fut l’objet vinrent l’enfermer de plus en plus dans sa paranoïa. La crainte de l’abandon, la phobie des microbes, la peur d’être espionné, sont autant de têtes à son hydre cauchemardesque qui finira par causer sa perte.
Depuis les années 2000, Martin Scorsese semble se diriger vers de nouveaux horizons, avec la même passion pour l’exploration que le protagoniste aérien de son film, Howard Hugues, dans The Aviator.
A ce jour, The Aviator reste mon film préféré de l’ère DiCaprio, sans doute à cause de cette figure insaisissable qui, ayant hérité d’une fortune qu’il augmenta considérablement, pût vivre le destin de pionnier de l’aviation, d’homme d’affaires à la main de fer, de réalisateur et producteur de cinéma ou encore de propriétaire de casinos. Obsessionnel, paranoïaque, tourmenté et malade, Hugues est aussi passionnant que sa vie et s’ajoute naturellement à la liste des personnages torturés du réalisateur de Raging Bull.
Dès la première scène, l’aviateur nous séduit par son charisme et DiCaprio n’y est pas pour rien. Ayant repris l’accent du Sud et le timbre de voix unique de l’excentrique milliardaire, l’acteur livre une prestation parfaite, sachant aussi bien retranscrire les éclats de génie et les moments de joie de l'homme que ses crises de tics et ses dérives paranoïaques. Tantôt fascinant, tantôt touchant, DiCaprio franchit un cap avec ce film et confirme sa place parmi les acteurs les plus talentueux de sa génération. L’Académie saluera d’ailleurs ce travail par une nouvelle nomination aux Oscars pour l’acteur de Titanic. Jamais lassé, je reste toujours abasourdi devant autant de maîtrise. Aucun plan n’est gratuit, chaque mouvement de caméra est justifié, toujours au service de l’histoire. Le réalisateur accorde à chacune des passions de Hugues la place qu’elle mérite, tissant entre elles des liens d’une élégance et d’une simplicité parfaites. La première partie du long métrage propose des images magnifiques, rappelant l’orangé et le bleuté des premiers films coloriés à même la pellicule.
Comme toujours, son travail de metteur en scène est prolongé par celui de Thelma Schoonmaker, monteuse attitrée du cinéaste, qui reçoit pour la deuxième fois un Oscar. En effet, elle saura traduire avec brio le rythme effréné de la vie d’Howard Hugues. Scorsese et Schoonmaker parviendront difficilement à structurer davantage le scénario de John Logan, seul reproche que l’on peut faire au film mais qui ne vient assombrir que d’une manière infinitésimale un film d’une maestria bluffante.
Les musiques des années folles et les compositions originales d’Howard Shore finissent de nous faire décoller pour un voyage cinématographique mêlant haute voltige et zones de turbulences avant de nous faire atterrir dans la zone des chefs d’œuvres dans laquelle Martin Scorsese se pose une nouvelle fois pour notre plus grand bonheur.
Note : ★★★★★★★★★☆ 9.5/10
Bande-annonce de "The Aviator"
The Aviator (2004)
Réalisé par : Martin Scorsese
Ecrit par : John Logan
Produit par : Leonardo DiCaprio, Graham King, Michael Mann
Avec : Leonardo DiCaprio, Cate Blanchett, Kate Beckinsale, Alec Baldwin
Directeur de la Photographie : Robert Richardson
Décorateur : Dante Ferretti
Montage : Thelma Schoonmaker
Musique : Howard Shore
Durée : 2h45
Budget : 110,000,000 $
Box Office : 213,741,459 $
USA : 102,610,330 $
France : 1,677,221 entrées
Howard Hughes est un richissime homme d'affaires, passionné par les avions et le cinéma. Ambitieux et jouissant d’une fortune sans limite, il peut laisser libre cours à ses rêves. Il produit et réalise ainsi le film Les Anges de l'enfer dans lequel il investit des sommes colossales. Il devient rapidement une célébrité et entretient des relations tumultueuses avec les stars de cinéma de l'époque comme Katharine Hepburn et Ava Gardner. Avide de conquêtes, il engage un bras de fer avec la compagnie aérienne Pan Am, pour permettre à sa compagnie, la TWA, de pouvoir couvrir les lignes à l'international. Mais dans l'intimité, Howard Hughes souffre de multiples troubles obsessionnels compulsifs qui évoluent rapidement et le rongeront jusqu'à la fin de ses jours.
Leonardo DiCaprio livre une prestation parfaite, sachant aussi bien retranscrire les éclats de génie et les moments de joie de l’homme que ses crises de tics et ses dérives paranoïaques.
Depuis Gangs of New York, et sa fabrication mouvementée, Martin Scorsese a amorcé un nouveau tournant dans sa carrière. Son cinéma semble définitivement changer de dimension, tant par ses histoires que par les moyens dont il dispose pour les raconter. En somme, le réalisateur se dirige vers de nouveaux horizons, avec la même passion pour l’exploration que le protagoniste aérien de son nouveau film : The Aviator.
Après avoir longtemps peiné à trouver les financements pour ses projets, sacrifiant parfois son salaire sur l'autel de la passion pour son art, Martin Scorsese se voit accorder pour la deuxième fois en quatre ans un budget colossal de cent millions de dollars. Le réalisateur de Taxi Driver et les majors américaines semblent désormais s’accorder. Une aubaine pour le cinéaste fasciné depuis sa jeunesse par le studio system, déjà mort lors de son arrivée sur la planète cinéma à la fin des années 60, et qui semble désormais confortablement assis sur les collines d’Hollywood. Du studio system, où chaque studio était une usine à films en soi, apposant sa patte singulière aux long-métrages qui en sortaient, il en est question dans cette nouvelle production mettant en scène la vie extraordinaire de l’excentrique milliardaire, le premier de l’époque : Howard Hugues.
Mais comment dépeindre soixante-dix ans de la vie d’un homme de génie, véritable touche-à-tout ? En effet, Howard Hugues a laissé sa marque aussi bien dans le paysage cinématographique américain que dans l’immensité du ciel. Il a conquis aussi bien le désert du Nevada et sa cité du vice que les cœurs des plus belles actrices d’Hollywood. Tout raconter est impossible ; Clint Eastwood en a d'ailleurs récemment fait les frais avec son biopic qui ne fait que survoler l’existence non moins passionnante d’une autre figure de l’époque : J. Edgar Hoover. C’est pour cela que Scorsese choisit de se pencher sur une période précise de la vie de Hugues : celle plus optimiste allant de ses vingt ans jusqu’au début de sa quarantaine.
Obsessionnel, paranoïaque, tourmenté et malade, Hugues est aussi passionnant que sa vie et s’ajoute naturellement à la liste des personnages torturés du réalisateur de Raging Bull.
Martin Scorsese brosse le portrait d’une figure majeure de l’Amérique du XXème siècle dont l’existence légendaire, entre rumeurs et vérités, se réfère à celles des figures mythologiques de l’Antiquité. Riche comme Crésus, Howard Hugues peut tout se permettre, laissant plus souvent libre cours à ses passions qu’à ses caprices. Habité, cet homme est un conquérant des airs et de la terre, construisant son destin à coup de projets pharaoniques. Ainsi, il entreprend la production du plus grand avion jamais construit avec The Hercules dont le nom renvoie à nouveau à la volonté que son créateur a de se forger un destin exceptionnel.
Vivant la tête dans les étoiles, c’est tout naturellement qu’il se tourne vers Hollywood et son panel de stars qui fait rêver bon nombre de jeunes de l’époque. Souhaitant s’imposer dans la mecque du cinéma, il réalise ce qui deviendra le film le plus cher de l’époque : Hell’s Angels, avec lequel il souhaitait livrer le film d’aviation le plus spectaculaire jamais réalisé. Au cinéma aussi, la première passion de cet homme dicte ses choix.
Martin Scorsese évoque une autre dimension mythologique de la vie de Hugues, en convoquant une autre légende grecque : celle d’Icare. Enivré par les airs, seul espace où il se sentait en sécurité, Howard Hugues se brûla les ailes à de nombreuses reprises, échappant à chaque fois à la mort, cherchant sens cesse à battre des records dont il était parfois le détenteur. Défiant les limites de ses appareils, s’élevant trop dangereusement vers le soleil ou à trop grande vitesse vers l’horizon, son ambition démesurée lui causa bien des souffrances : les traumatismes crâniens et les brulures au troisième degré dont il fut l’objet vinrent l’enfermer de plus en plus dans sa paranoïa. La crainte de l’abandon, la phobie des microbes, la peur d’être espionné, sont autant de têtes à son hydre cauchemardesque qui finira par causer sa perte.
Depuis les années 2000, Martin Scorsese semble se diriger vers de nouveaux horizons, avec la même passion pour l’exploration que le protagoniste aérien de son film, Howard Hugues, dans The Aviator.
A ce jour, The Aviator reste mon film préféré de l’ère DiCaprio, sans doute à cause de cette figure insaisissable qui, ayant hérité d’une fortune qu’il augmenta considérablement, pût vivre le destin de pionnier de l’aviation, d’homme d’affaires à la main de fer, de réalisateur et producteur de cinéma ou encore de propriétaire de casinos. Obsessionnel, paranoïaque, tourmenté et malade, Hugues est aussi passionnant que sa vie et s’ajoute naturellement à la liste des personnages torturés du réalisateur de Raging Bull.
Dès la première scène, l’aviateur nous séduit par son charisme et DiCaprio n’y est pas pour rien. Ayant repris l’accent du Sud et le timbre de voix unique de l’excentrique milliardaire, l’acteur livre une prestation parfaite, sachant aussi bien retranscrire les éclats de génie et les moments de joie de l'homme que ses crises de tics et ses dérives paranoïaques. Tantôt fascinant, tantôt touchant, DiCaprio franchit un cap avec ce film et confirme sa place parmi les acteurs les plus talentueux de sa génération. L’Académie saluera d’ailleurs ce travail par une nouvelle nomination aux Oscars pour l’acteur de Titanic. Jamais lassé, je reste toujours abasourdi devant autant de maîtrise. Aucun plan n’est gratuit, chaque mouvement de caméra est justifié, toujours au service de l’histoire. Le réalisateur accorde à chacune des passions de Hugues la place qu’elle mérite, tissant entre elles des liens d’une élégance et d’une simplicité parfaites. La première partie du long métrage propose des images magnifiques, rappelant l’orangé et le bleuté des premiers films coloriés à même la pellicule.
Comme toujours, son travail de metteur en scène est prolongé par celui de Thelma Schoonmaker, monteuse attitrée du cinéaste, qui reçoit pour la deuxième fois un Oscar. En effet, elle saura traduire avec brio le rythme effréné de la vie d’Howard Hugues. Scorsese et Schoonmaker parviendront difficilement à structurer davantage le scénario de John Logan, seul reproche que l’on peut faire au film mais qui ne vient assombrir que d’une manière infinitésimale un film d’une maestria bluffante.
Les musiques des années folles et les compositions originales d’Howard Shore finissent de nous faire décoller pour un voyage cinématographique mêlant haute voltige et zones de turbulences avant de nous faire atterrir dans la zone des chefs d’œuvres dans laquelle Martin Scorsese se pose une nouvelle fois pour notre plus grand bonheur.
Note : ★★★★★★★★★☆ 9.5/10
Bande-annonce de "The Aviator"
The Aviator (2004)
Réalisé par : Martin Scorsese
Ecrit par : John Logan
Produit par : Leonardo DiCaprio, Graham King, Michael Mann
Avec : Leonardo DiCaprio, Cate Blanchett, Kate Beckinsale, Alec Baldwin
Directeur de la Photographie : Robert Richardson
Décorateur : Dante Ferretti
Montage : Thelma Schoonmaker
Musique : Howard Shore
Durée : 2h45
Budget : 110,000,000 $
Box Office : 213,741,459 $
USA : 102,610,330 $
France : 1,677,221 entrées
Gangs of New York (2002) - ★★★★★★★★★☆ 8,5/10
En ce début de siècle, Martin Scorsese frappe fort avec une épopée historique relatant les origines de sa ville natale : New York.
En 1846, le quartier de Five Points, un faubourg pauvre de New York, est le théâtre d'une guerre des gangs entre émigrants irlandais d'un côté, les Dead Rabbits menés par Père Vallon, et les Native Americans de l'autre, dirigés par le sanguinaire Bill le Boucher. Ce dernier met rapidement en déroute les Dead Rabbits en assassinant leur chef et prend par la même occasion le contrôle exclusif des rues de la "grosse pomme". Seize ans plus tard, le gang des Native Americans règne toujours en maître dans New York. Devenu adulte, Amsterdam Vallon souhaite venger la mort de son père en éliminant Bill. Mais sa rencontre avec Jenny Everdeane, une énigmatique pickpocket dont l'indépendance et la beauté le fascinent, va compliquer les choses...

Avec Gangs of New York, Martin Scorsese réalise enfin le film épique qu’il a toujours voulu faire.
Premier film de ce début de siècle, Gangs of New York marque un profond tournant dans la carrière de Martin Scorsese. La fin des années 90 fut difficile pour le réalisateur qui enchaîna deux échecs au box-office. La bonne nouvelle de cette décennie pour lui fut qu’il eut enfin le feu vert pour mettre en scène un projet dont il rêvait depuis le début des seventies : Gangs Of New York. La nouvelle influence de Leonardo Di Caprio, tout juste sorti de Titanic, permet au projet de se targuer d’avoir une star mondialement connu à son casting. Engager DiCaprio n’est pas seulement intéressé, c’est aussi le fruit des conseils de son acteur fétiche Robert De Niro qui, quelques années auparavant, lui avait dit de garder un œil sur ce jeune talent en devenir.
Avec Gangs of New York, Martin Scorsese nous dépeint une nouvelle vision de New York, sa ville natale dont il nous a brossé plusieurs portraits avec Mean Streets, Taxi Driver, Raging Bull ou encore A Tombeau Ouvert. Il réalise enfin le film épique qu’il a toujours voulu faire. Il prend comme références le savoir-faire des cinéastes bolcheviks et leurs fresques révolutionnaires. La séquence d’ouverture, où les Natifs et les Lapins Morts s’affrontent avec férocité, est magistralement orchestrée. Bien qu’on ne voit jamais une lame performer un corps, la violence est omniprésente par l’image saturée et saccadée ainsi que par un montage éclaté inspiré des cinéastes russes des années 20 tels Sergueï Eisenstein et son Cuirassé Potemkine. Cette maîtrise est à nouveau remarquée par l’Académie qui nomme pour la quatrième fois, et à chaque fois avec Scorsese, Thelma Schoonmaker à l’Oscar du montage.

Dans ce monde haut en couleurs, les personnages le sont tout autant, à commencer par Bill le Boucher, interprété par Daniel Day-Lewis qui compose ici un méchant terrifiant.
Scorsese s’intéresse ici aux fondations de l’Amérique, et en particulier à celles de New York qui en est le plus bel échantillon de la période. Après avoir mis en scène la haute société de la même époque dans Le Temps de l’Innocence, le réalisateur des Affranchis met en avant le mode de vie dominant de la période où les New Yorkais vivaient dans la crasse et les ordures, partagés en tribus, allant des Natifs jusqu’aux Chinois, en passant par les travestis, et divisés dans leurs convictions pendant la guerre de Sécession qui fait rage.
Dans ce monde haut en couleurs, les personnages le sont tout autant, à commencer par Bill le Boucher, que devait interpréter De Niro, rôle finalement revenu à Daniel Day-Lewis que Scorsese a sortie de sa retraite et qui compose ici un méchant terrifiant. Si De Niro a dû décliner l’offre de son camarade, le réalisateur fait la connaissance de son nouvel acteur fétiche : Leonardo DiCaprio, qui rêvait de travailler avec Scorsese. Le réalisateur lui offre son premier rôle de personnage blessé et l’intégre ainsi pleinement dans sa filmographie où les cicatrices de la vie sont légions pour ses personnages. Gangs of New York offre d’ailleurs une scène de mise à nue dans laquelle Amsterdam expose ses balafres, ultimes signes des tourments éprouvés. Notre héros se perdra en route, hésitant entre admiration et vengeance. Certains reprocheront à DiCaprio une interprétation jugée fade mais que je qualifierai plutôt juste et sobre, contrepartie nécessaire à l’existence d’un personnage aussi extravagant que Bill le Boucher.
Une nouvelle fois, la réalisation de Scorsese est parfaitement maitrisée confirmant à nouveau son statut de maître absolu des images.
Une nouvelle fois, la réalisation de Scorsese est parfaitement maitrisée, confirmant à nouveau son statut de maître absolu des images. Lors d’un plan séquence magistral d’une minute aussi explicite qu’un monologue du narrateur, Scorsese dépeint le sort inévitable de beaucoup d’hommes émigrés irlandais. A peine ont-ils le temps de mettre pied à terre, qu’ils sont accablés par les demandes de l’Oncle Sam qui leur promet repas chaud et monnaie sonnante et trébuchante sous réserve de devenir citoyen américain et d’aller se battre pour l’Union. La caméra se déplace de poste en poste : un irlandais débarque, un autre s’engage, on distribue les fusils à un autre qui monte dans un navire, croisant sur son passage le cercueil d’un de ses semblables. Un conteur par l’image récompensé par une énième nomination aux oscars ; mais la statuette dorée lui file encore sous le nez. Scorsese recevra cependant le Golden Globe du meilleur réalisateur pour son travail.
En ce début de siècle, Scorsese signe un film monumental et oriente sa carrière dans une nouvelle direction comme le confirmera The Aviator. La sortie de Gangs of New York sera à de nombreuses reprises repoussée, notamment à cause des évènements du 11 septembre où l’heure n’était pas à la (re)découverte des racines violentes de l’Amérique. Lors de la scène finale et ses fondus présentant l’évolution de la ville, le réalisateur conservera les deux tours dans le paysage, confiant par la suite avoir fait un film en hommage à ceux qui avaient construit New York, pas à ceux qui l’avait détruit.
Note : ★★★★★★★★★☆ 8,5/10
Bande-annonce de "Gangs of New York"
Gangs of New York (2002)
Réalisé par : Martin Scorsese
Ecrit par : Jay Cocks
Produit par : Martin Scorsese et Alberto Grimaldi
Avec : Leonardo DiCaprio, Daniel Day-Lewis, Cameron Diaz
Directeur de la Photographie : Michael Ballhaus
Décorateur : Dante Ferretti
Montage : Thelma Schoonmaker
Musique : Howard Shore
Durée : 2h45
Budget : 100,000,000 $
Box Office : 197,772,504 $
USA : 77,812,000 $
France : 2,144,337 entrées
En 1846, le quartier de Five Points, un faubourg pauvre de New York, est le théâtre d'une guerre des gangs entre émigrants irlandais d'un côté, les Dead Rabbits menés par Père Vallon, et les Native Americans de l'autre, dirigés par le sanguinaire Bill le Boucher. Ce dernier met rapidement en déroute les Dead Rabbits en assassinant leur chef et prend par la même occasion le contrôle exclusif des rues de la "grosse pomme". Seize ans plus tard, le gang des Native Americans règne toujours en maître dans New York. Devenu adulte, Amsterdam Vallon souhaite venger la mort de son père en éliminant Bill. Mais sa rencontre avec Jenny Everdeane, une énigmatique pickpocket dont l'indépendance et la beauté le fascinent, va compliquer les choses...

Avec Gangs of New York, Martin Scorsese réalise enfin le film épique qu’il a toujours voulu faire.
Premier film de ce début de siècle, Gangs of New York marque un profond tournant dans la carrière de Martin Scorsese. La fin des années 90 fut difficile pour le réalisateur qui enchaîna deux échecs au box-office. La bonne nouvelle de cette décennie pour lui fut qu’il eut enfin le feu vert pour mettre en scène un projet dont il rêvait depuis le début des seventies : Gangs Of New York. La nouvelle influence de Leonardo Di Caprio, tout juste sorti de Titanic, permet au projet de se targuer d’avoir une star mondialement connu à son casting. Engager DiCaprio n’est pas seulement intéressé, c’est aussi le fruit des conseils de son acteur fétiche Robert De Niro qui, quelques années auparavant, lui avait dit de garder un œil sur ce jeune talent en devenir.
Avec Gangs of New York, Martin Scorsese nous dépeint une nouvelle vision de New York, sa ville natale dont il nous a brossé plusieurs portraits avec Mean Streets, Taxi Driver, Raging Bull ou encore A Tombeau Ouvert. Il réalise enfin le film épique qu’il a toujours voulu faire. Il prend comme références le savoir-faire des cinéastes bolcheviks et leurs fresques révolutionnaires. La séquence d’ouverture, où les Natifs et les Lapins Morts s’affrontent avec férocité, est magistralement orchestrée. Bien qu’on ne voit jamais une lame performer un corps, la violence est omniprésente par l’image saturée et saccadée ainsi que par un montage éclaté inspiré des cinéastes russes des années 20 tels Sergueï Eisenstein et son Cuirassé Potemkine. Cette maîtrise est à nouveau remarquée par l’Académie qui nomme pour la quatrième fois, et à chaque fois avec Scorsese, Thelma Schoonmaker à l’Oscar du montage.

Dans ce monde haut en couleurs, les personnages le sont tout autant, à commencer par Bill le Boucher, interprété par Daniel Day-Lewis qui compose ici un méchant terrifiant.
Scorsese s’intéresse ici aux fondations de l’Amérique, et en particulier à celles de New York qui en est le plus bel échantillon de la période. Après avoir mis en scène la haute société de la même époque dans Le Temps de l’Innocence, le réalisateur des Affranchis met en avant le mode de vie dominant de la période où les New Yorkais vivaient dans la crasse et les ordures, partagés en tribus, allant des Natifs jusqu’aux Chinois, en passant par les travestis, et divisés dans leurs convictions pendant la guerre de Sécession qui fait rage.
Dans ce monde haut en couleurs, les personnages le sont tout autant, à commencer par Bill le Boucher, que devait interpréter De Niro, rôle finalement revenu à Daniel Day-Lewis que Scorsese a sortie de sa retraite et qui compose ici un méchant terrifiant. Si De Niro a dû décliner l’offre de son camarade, le réalisateur fait la connaissance de son nouvel acteur fétiche : Leonardo DiCaprio, qui rêvait de travailler avec Scorsese. Le réalisateur lui offre son premier rôle de personnage blessé et l’intégre ainsi pleinement dans sa filmographie où les cicatrices de la vie sont légions pour ses personnages. Gangs of New York offre d’ailleurs une scène de mise à nue dans laquelle Amsterdam expose ses balafres, ultimes signes des tourments éprouvés. Notre héros se perdra en route, hésitant entre admiration et vengeance. Certains reprocheront à DiCaprio une interprétation jugée fade mais que je qualifierai plutôt juste et sobre, contrepartie nécessaire à l’existence d’un personnage aussi extravagant que Bill le Boucher.
Une nouvelle fois, la réalisation de Scorsese est parfaitement maitrisée confirmant à nouveau son statut de maître absolu des images.
Une nouvelle fois, la réalisation de Scorsese est parfaitement maitrisée, confirmant à nouveau son statut de maître absolu des images. Lors d’un plan séquence magistral d’une minute aussi explicite qu’un monologue du narrateur, Scorsese dépeint le sort inévitable de beaucoup d’hommes émigrés irlandais. A peine ont-ils le temps de mettre pied à terre, qu’ils sont accablés par les demandes de l’Oncle Sam qui leur promet repas chaud et monnaie sonnante et trébuchante sous réserve de devenir citoyen américain et d’aller se battre pour l’Union. La caméra se déplace de poste en poste : un irlandais débarque, un autre s’engage, on distribue les fusils à un autre qui monte dans un navire, croisant sur son passage le cercueil d’un de ses semblables. Un conteur par l’image récompensé par une énième nomination aux oscars ; mais la statuette dorée lui file encore sous le nez. Scorsese recevra cependant le Golden Globe du meilleur réalisateur pour son travail.
En ce début de siècle, Scorsese signe un film monumental et oriente sa carrière dans une nouvelle direction comme le confirmera The Aviator. La sortie de Gangs of New York sera à de nombreuses reprises repoussée, notamment à cause des évènements du 11 septembre où l’heure n’était pas à la (re)découverte des racines violentes de l’Amérique. Lors de la scène finale et ses fondus présentant l’évolution de la ville, le réalisateur conservera les deux tours dans le paysage, confiant par la suite avoir fait un film en hommage à ceux qui avaient construit New York, pas à ceux qui l’avait détruit.
Note : ★★★★★★★★★☆ 8,5/10
Bande-annonce de "Gangs of New York"
Gangs of New York (2002)
Réalisé par : Martin Scorsese
Ecrit par : Jay Cocks
Produit par : Martin Scorsese et Alberto Grimaldi
Avec : Leonardo DiCaprio, Daniel Day-Lewis, Cameron Diaz
Directeur de la Photographie : Michael Ballhaus
Décorateur : Dante Ferretti
Montage : Thelma Schoonmaker
Musique : Howard Shore
Durée : 2h45
Budget : 100,000,000 $
Box Office : 197,772,504 $
USA : 77,812,000 $
France : 2,144,337 entrées
16/09/2012
Once Upon A Time in Mexico (2003) - Le pistolero manque sa cible ! ★★★☆☆☆☆☆☆☆ 3/10
Avec Once Upon a Time in Mexico, ultime volet
de la saga sur le musicien à l’étui à guitare explosif, Robert Rodriguez signe
un film tout en fausses notes
et ce, pour notre plus grand regret.
Hanté par la perte de celle qu’il aimait, Carolina, le Mariachi s'est retiré pour mener une existence solitaire. Il vit désormais loin du monde, avec sa guitare comme seule compagne. Un jour, Sands, un agent corrompu de la CIA, le sort de sa retraite et lui demande d'empêcher l'assassinat du Président du Mexique. Barillo, un baron de la drogue, ambitionne en effet de renverser ce dernier. Le hasard fait bien les choses : celui qui a meurtri l'existence tourmentée du Mariachi, le général Marquez, est impliqué dans ce plan visant à tuer le Président Mexicain. Animé d'un grand désir de vengeance, il va, avec ses deux comparses Lorenzo et Fideo, raviver sa flamboyante légende...
Au lieu de se focaliser sur le personnage d’Antonio Banderas et son bagou qui avait fait le succès de Desperado, Robert Rodriguez se perd dans une intrigue politique confuse.
Onze années ont passé depuis que Rodriguez déboula à Hollywood avec sa cassette d’El Mariachi sous le bras et s’établit comme une des figures de proue du cinéma indépendant fun des années 90, aux côtés de son ami Quentin Tarantino. En 2003, Rodriguez peut laisser pleinement cours à son imagination. Les succès de ses films bon marché mais surtout la réussite spectaculaire au box-office de sa trilogie familiale sur des enfants espions, Spy Kids, qui rapporta plus de 460 millions de dollars pour une mise de 110 millions, lui permettent de jouir d’une marge de manœuvre incroyable pour un réalisateur indépendant. Il agrandit ainsi ses Troublemakers Studios (littéralement « Les Studios des Fauteurs de Troubles ») et entame la préparation de l’ultime volet de sa trilogie de l’homme à la guitare qui écornera l’image du Mariachi.
Le film démarre pourtant bien. A l’instar du précédent opus, le long métrage commence par une histoire romancée et exagérée à propos du celui qu’on appelle désormais « El ». Ce prologue à tout pour nous ravir : la mise en scène cartoonesque du réalisateur est présente, le second dégré fait son retour, un nouveau pan de la mythologie du Mariachi est dévoilé et Rodriguez soigne son image. Celui qui narre la légende s’adresse à un Johnny Depp dont le double jeu du personnage est présenté avec humour dès cette scène d’ouverture. Son personnage, qui bénéficie d’une personnalité plus fouillée que ceux qui l’entourent, deviendra d’ailleurs le véritable protagoniste de ce nouvel épisode. Même le Mariachi est relégué au second plan. Pourtant c’est ce dernier qui avait ravi les fans du premier film. Sans passé clairement défini et sans véritable identité, il est le nouvel « Homme Sans Nom » qu’incarnait Clint Eastwood dans la « Trilogie du Dollar » de Sergio Leone (de Pour une Poignée de Dollars au Bon, La Brute et le Truand). Seulement, ce héros a désormais pour terre le désert mexicain. Cette référence au maitre du western italien, qui signa également le classique Il Etait Une fois Dans l’Ouest et l’envoûtant Il Etait Une Fois en Amérique, est poussée à son paroxysme par Rodriguez qui choisit d’intituler son film : Il Etait Une fois Au Mexique, sur les conseils de son ami Tarantino. Comment comprendre alors une telle relégation du personnage à l’arrière-plan ?
Au lieu de se focaliser sur le personnage d’Antonio Banderas et son bagou qui avait fait le succès de Desperado, Robert Rodriguez se perd dans une intrigue politique confuse. Sous ses airs de divertissement, Once Upon A Time In Mexico évoque des thèmes intéressants comme le droit de non-ingérence, dénonçant les actions douteuses d’une CIA, dans une atmosphère de coup d’Etat, se référant au passé (et présent) agité de l’Amérique Latine. Tout cela est fait sans lourdeur car il est peu probable que Rodriguez ait voulu signer, avec cet ultime volet de la saga du Mariachi, un film politique. Pourtant le réalisateur d’Une Nuit en Enfer, a toujours voulu présenter un visage différent des mexicains aux conservateurs américains paranoïaques. Il le fait parfois avec humour, en tournant en ridicule les trafics au niveau du mur-frontière séparant le Mexique et les Etats-Unis et ses partisans dans Machete. Cet autre visage, il le façonne en créant des figures héroïques pour un public hispano-américain souvent oublié par Hollywood ; public qui commence lui-même à croire qu’il est le peuple que les médias amalgament avec les piètres représentants de cette population qui dominent la rubrique des faits divers à grand coups de violence.
Les mexicains pâtissent de l'image brutale que les narco-traficants véhiculent dans l'opinion publique américaine! Alors pourquoi Rodriguez ne dépeint pas les cartels de la drogue présents dans le film avec autant de sauvagerie qu’Oliver Stone dans Savages, sortie récemment? Ce n’est pas une question de censure vu que le film est classé Restricted sur le sol américain (les mineurs de 17 ans et moins doivent être accompagnés d’un adulte). Au lieu de ça, le réalisateur nous propose un panel de personnages sans profondeur. Le personnage de Wilhem Dafoe est digne d'un chef mafieux de série Z quand il ne se mue pas en momie de pacotille. Et c’est ça le problème ! Rodriguez avait toujours réussi à nous proposer un bon cinéma de genre, sans jamais basculer dans les séries Z qu’il aimait voir étant adolescent. Mais ici, on n’a l’impression de visionner un mauvais direct-to-dvd.
Once Upon a Time in Mexico, la fin de Rodriguez ? Non, heureusement pour nous ! Planet Terror est dans les cartons et Sin City en route vers nos cinémas avec lesquels Rodriguez saura nous séduire à nouveau.
Certes Robert Rodriguez dut surmonter certains obstacles qui ont peut-être dénaturé son film. En effet, Salma Hayek ne put occuper une place aussi importante que dans l’opus précédent, accaparée par la réalisation de son Frida et de sa participation à Bandidas. Rodriguez dut reléguer son personnage au rang des fantômes venant tourmenter notre vigilante mexicain. De plus, une grève des acteurs était sur le point d’exploser à Hollywood et Rodriguez devait lancer le projet rapidement. Mais le réalisateur a toujours su travailler dans l’urgence, résolvant ses problèmes à grands coups d’inventivité. Et les défauts du film ne sont sûrement pas à imputer entièrement à ces embûches qui rythment la vie de bon nombre de productions et qui ne peuvent servir d’excuses vis-à-vis d’un public qui n’a pas à en pâtir.
L’inventivité visuelle de Rodriguez ne se manifeste que par intermittence : l’image chaude, qui était une de ses signatures, est majoritairement remplacée par les couleurs fades et laides de son numérique, caractéristiques des nanars de l’ère post-celluiloïde. C'est ce dont souffrira également Machete. Once Upon a Time in Mexico, la fin de Rodriguez ? Non, heureusement pour nous ! Planet Terror est dans les cartons et Sin City en route vers nos cinémas, avec lesquels Rodriguez saura nous séduire à nouveau.
Note : ★★★☆☆☆☆☆☆☆ 3/10
"Bande annonce "Once Upon a Time in Mexico"
Once Upon a Time in Mexico (2003)
Ecrit, Produit et Réalisé par : Robert Rodriguez
Produit par : Elizabeth Avellan, Carlos Gallardo
Avec : Antonio Banderas, Johnny Depp, Eva Mendes, Wilhem Dafoe, Michey Rourke, Salma Hayek, Danny Trejo et Cheech Marin.
Directeur de la Photographie : Robert Rodriguez
Monteur : Robert Rodriguez
Durée : 1h45
Budget : 29,000,000 $
Box Office : 98,185,582 $
(USA) : 56 359 780 $
France : 452 626 entrées
Hanté par la perte de celle qu’il aimait, Carolina, le Mariachi s'est retiré pour mener une existence solitaire. Il vit désormais loin du monde, avec sa guitare comme seule compagne. Un jour, Sands, un agent corrompu de la CIA, le sort de sa retraite et lui demande d'empêcher l'assassinat du Président du Mexique. Barillo, un baron de la drogue, ambitionne en effet de renverser ce dernier. Le hasard fait bien les choses : celui qui a meurtri l'existence tourmentée du Mariachi, le général Marquez, est impliqué dans ce plan visant à tuer le Président Mexicain. Animé d'un grand désir de vengeance, il va, avec ses deux comparses Lorenzo et Fideo, raviver sa flamboyante légende...
Au lieu de se focaliser sur le personnage d’Antonio Banderas et son bagou qui avait fait le succès de Desperado, Robert Rodriguez se perd dans une intrigue politique confuse.
Onze années ont passé depuis que Rodriguez déboula à Hollywood avec sa cassette d’El Mariachi sous le bras et s’établit comme une des figures de proue du cinéma indépendant fun des années 90, aux côtés de son ami Quentin Tarantino. En 2003, Rodriguez peut laisser pleinement cours à son imagination. Les succès de ses films bon marché mais surtout la réussite spectaculaire au box-office de sa trilogie familiale sur des enfants espions, Spy Kids, qui rapporta plus de 460 millions de dollars pour une mise de 110 millions, lui permettent de jouir d’une marge de manœuvre incroyable pour un réalisateur indépendant. Il agrandit ainsi ses Troublemakers Studios (littéralement « Les Studios des Fauteurs de Troubles ») et entame la préparation de l’ultime volet de sa trilogie de l’homme à la guitare qui écornera l’image du Mariachi.
Le film démarre pourtant bien. A l’instar du précédent opus, le long métrage commence par une histoire romancée et exagérée à propos du celui qu’on appelle désormais « El ». Ce prologue à tout pour nous ravir : la mise en scène cartoonesque du réalisateur est présente, le second dégré fait son retour, un nouveau pan de la mythologie du Mariachi est dévoilé et Rodriguez soigne son image. Celui qui narre la légende s’adresse à un Johnny Depp dont le double jeu du personnage est présenté avec humour dès cette scène d’ouverture. Son personnage, qui bénéficie d’une personnalité plus fouillée que ceux qui l’entourent, deviendra d’ailleurs le véritable protagoniste de ce nouvel épisode. Même le Mariachi est relégué au second plan. Pourtant c’est ce dernier qui avait ravi les fans du premier film. Sans passé clairement défini et sans véritable identité, il est le nouvel « Homme Sans Nom » qu’incarnait Clint Eastwood dans la « Trilogie du Dollar » de Sergio Leone (de Pour une Poignée de Dollars au Bon, La Brute et le Truand). Seulement, ce héros a désormais pour terre le désert mexicain. Cette référence au maitre du western italien, qui signa également le classique Il Etait Une fois Dans l’Ouest et l’envoûtant Il Etait Une Fois en Amérique, est poussée à son paroxysme par Rodriguez qui choisit d’intituler son film : Il Etait Une fois Au Mexique, sur les conseils de son ami Tarantino. Comment comprendre alors une telle relégation du personnage à l’arrière-plan ?
Rodriguez avait toujours réussi à nous proposer un bon cinéma de genre, sans jamais basculer dans les séries Z qu’il aimait voir étant adolescent. Mais ici, on n’a l’impression de visionner un mauvais direct-to-dvd.
Au lieu de se focaliser sur le personnage d’Antonio Banderas et son bagou qui avait fait le succès de Desperado, Robert Rodriguez se perd dans une intrigue politique confuse. Sous ses airs de divertissement, Once Upon A Time In Mexico évoque des thèmes intéressants comme le droit de non-ingérence, dénonçant les actions douteuses d’une CIA, dans une atmosphère de coup d’Etat, se référant au passé (et présent) agité de l’Amérique Latine. Tout cela est fait sans lourdeur car il est peu probable que Rodriguez ait voulu signer, avec cet ultime volet de la saga du Mariachi, un film politique. Pourtant le réalisateur d’Une Nuit en Enfer, a toujours voulu présenter un visage différent des mexicains aux conservateurs américains paranoïaques. Il le fait parfois avec humour, en tournant en ridicule les trafics au niveau du mur-frontière séparant le Mexique et les Etats-Unis et ses partisans dans Machete. Cet autre visage, il le façonne en créant des figures héroïques pour un public hispano-américain souvent oublié par Hollywood ; public qui commence lui-même à croire qu’il est le peuple que les médias amalgament avec les piètres représentants de cette population qui dominent la rubrique des faits divers à grand coups de violence.
Les mexicains pâtissent de l'image brutale que les narco-traficants véhiculent dans l'opinion publique américaine! Alors pourquoi Rodriguez ne dépeint pas les cartels de la drogue présents dans le film avec autant de sauvagerie qu’Oliver Stone dans Savages, sortie récemment? Ce n’est pas une question de censure vu que le film est classé Restricted sur le sol américain (les mineurs de 17 ans et moins doivent être accompagnés d’un adulte). Au lieu de ça, le réalisateur nous propose un panel de personnages sans profondeur. Le personnage de Wilhem Dafoe est digne d'un chef mafieux de série Z quand il ne se mue pas en momie de pacotille. Et c’est ça le problème ! Rodriguez avait toujours réussi à nous proposer un bon cinéma de genre, sans jamais basculer dans les séries Z qu’il aimait voir étant adolescent. Mais ici, on n’a l’impression de visionner un mauvais direct-to-dvd.
Once Upon a Time in Mexico, la fin de Rodriguez ? Non, heureusement pour nous ! Planet Terror est dans les cartons et Sin City en route vers nos cinémas avec lesquels Rodriguez saura nous séduire à nouveau.
Certes Robert Rodriguez dut surmonter certains obstacles qui ont peut-être dénaturé son film. En effet, Salma Hayek ne put occuper une place aussi importante que dans l’opus précédent, accaparée par la réalisation de son Frida et de sa participation à Bandidas. Rodriguez dut reléguer son personnage au rang des fantômes venant tourmenter notre vigilante mexicain. De plus, une grève des acteurs était sur le point d’exploser à Hollywood et Rodriguez devait lancer le projet rapidement. Mais le réalisateur a toujours su travailler dans l’urgence, résolvant ses problèmes à grands coups d’inventivité. Et les défauts du film ne sont sûrement pas à imputer entièrement à ces embûches qui rythment la vie de bon nombre de productions et qui ne peuvent servir d’excuses vis-à-vis d’un public qui n’a pas à en pâtir.
L’inventivité visuelle de Rodriguez ne se manifeste que par intermittence : l’image chaude, qui était une de ses signatures, est majoritairement remplacée par les couleurs fades et laides de son numérique, caractéristiques des nanars de l’ère post-celluiloïde. C'est ce dont souffrira également Machete. Once Upon a Time in Mexico, la fin de Rodriguez ? Non, heureusement pour nous ! Planet Terror est dans les cartons et Sin City en route vers nos cinémas, avec lesquels Rodriguez saura nous séduire à nouveau.
Note : ★★★☆☆☆☆☆☆☆ 3/10
"Bande annonce "Once Upon a Time in Mexico"
Once Upon a Time in Mexico (2003)
Ecrit, Produit et Réalisé par : Robert Rodriguez
Produit par : Elizabeth Avellan, Carlos Gallardo
Avec : Antonio Banderas, Johnny Depp, Eva Mendes, Wilhem Dafoe, Michey Rourke, Salma Hayek, Danny Trejo et Cheech Marin.
Directeur de la Photographie : Robert Rodriguez
Monteur : Robert Rodriguez
Durée : 1h45
Budget : 29,000,000 $
Box Office : 98,185,582 $
(USA) : 56 359 780 $
France : 452 626 entrées
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